Édouard Philippe court les outre-mer pour rassembler la droite et le centre avant février. Louable ambition. Mais parmi les grandes promesses de rassemblement, un sujet reste désespérément absent des tribunes : comment financer durablement notre défense nationale. À sept mois de la campagne, le silence est assourdissant.
2 %
Part du PIB consacrée à la défense en France — le seuil OTAN tout juste atteint en 2025, quand la Pologne dépense déjà 4 % et le Royaume-Uni s’apprête à monter à 2,5 %.
La grande absente de la campagne qui commence
La présidentielle 2027 s’organise. Les appels à l’union se multiplient, les déplacements de campagne s’enchaînent, les postures se dessinent. Edouard Philippe, depuis Mayotte et La Réunion, exhorte la droite et le centre à se rassembler avant février. Très bien. Mais on cherche en vain, dans ces grandes manœuvres, un engagement précis et chiffré sur l’effort de défense que la France devra consentir dans les cinq années à venir.
Or le calendrier ne ment pas. La Loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit 413 milliards d’euros sur sept ans — un chiffre présenté comme historique lors de son adoption. Sauf que cette trajectoire repose sur des hypothèses de croissance et de recettes fiscales déjà fragilisées par une dette publique à 3 460 milliards d’euros et un déficit qui résiste à tous les plans de redressement. En clair : la LPM est votée, mais son financement est une construction précaire.
Aucun candidat déclaré ou putatif ne s’est encore risqué à expliquer comment il tient cette trajectoire tout en réduisant les déficits. C’est pourtant la question centrale. Dépenser pour la défense sans réformer le reste des dépenses publiques, c’est emprunter pour se protéger — et hypothéquer la souveraineté que l’on prétend défendre.
Comparer pour comprendre : la France décroche
Regardons ce que font nos voisins. La Pologne consacre 4 % de son PIB à la défense. Les pays baltes franchissent les 3 %. Le Royaume-Uni s’engage vers 2,5 %. L’Allemagne, après des décennies de sous-investissement, a créé un fonds spécial de 100 milliards d’euros et réorganise son industrie de défense en conséquence.
La France, elle, atteint péniblement les 2 % — et s’en félicite. C’est l’équivalent de se congratuler d’avoir payé sa cotisation minimum dans un club dont les autres membres doublent leur mise. Pire : dans ces 2 %, on compte des dépenses de fonctionnement, des pensions, des coûts de structure qui n’ont rien à voir avec la capacité opérationnelle réelle. L’effort net en équipements et en modernisation est bien inférieur à ce que le chiffre brut laisse entendre.
La comparaison internationale est impitoyable : on dépense beaucoup en valeur absolue, mais on optimise peu. L’industrie de défense française, pourtant excellente — Naval Group, Thales, Dassault — pâtit de commandes publiques erratiques, de délais à rallonge et d’une commande export parfois mieux servie que les armées françaises elles-mêmes. Paradoxe absurde pour un pays qui se revendique puissance militaire de premier rang.
Ce que la campagne devra trancher
Qu’on ne se méprenne pas : il ne s’agit pas de dépenser plus pour dépenser plus. La question est celle de l’efficacité de chaque euro investi dans la défense nationale. Combien coûte réellement une heure de vol d’un Rafale en configuration opérationnelle ? Quel est le coût complet d’un programme retardé de dix-huit mois ? Quels gains de productivité sont possibles dans les services de soutien des armées, qui représentent près de 40 % des effectifs ?
Ces questions méritent des réponses publiques, documentées, soumises au débat démocratique. Or aucun programme présidentiel sérieux n’existe encore sur ce terrain. La défense nationale ne peut pas rester l’impensé budgétaire de la campagne qui vient. Les candidats ont jusqu’en 2027 pour proposer un cap clair. L’urgence stratégique, elle, n’attend pas le résultat du premier tour.


