MBDA, Ukraine, Ormuz : l’Europe se réveille, enfin

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MBDA, Ukraine, Ormuz : l'Europe se réveille, enfin
MBDA, Ukraine, Ormuz : l'Europe se réveille, enfin | Armees.com

La France et le Royaume-Uni franchissent un Rubicon stratégique en transmettant à Kiev les secrets de fabrication des missiles MBDA. Pendant ce temps, un pétrolier est neutralisé dans le détroit d’Ormuz. Le monde brûle, et l’Europe commence — à peine — à comprendre ce que défense nationale veut dire.

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35 ans d’indépendance ukrainienne, fêtés sous les bombes russes, ont suffi à convaincre les Européens de partager leurs secrets industriels de défense les mieux gardés.

Le transfert de technologie MBDA : un tournant historique, pas une générosité désintéressée

Soyons directs : transmettre à un pays tiers les secrets de fabrication de ses missiles, c’est une décision qui ne se prend pas à la légère. La France et le Royaume-Uni viennent de franchir cette ligne avec l’Ukraine. Les missiles MBDA — Storm Shadow, Scalp et leurs cousins — représentent des décennies de recherche, de milliards d’euros de développement, et surtout des savoir-faire industriels que Paris et Londres protégeaient jalousement.

Force est de constater que cette décision n’est pas seulement humaniste. Elle est stratégique, et elle est aussi économique. En aidant Kiev à produire elle-même une partie de ses armements, la France et le Royaume-Uni font deux choses simultanément : ils soulagent leurs propres lignes de production, saturées depuis 2022, et ils créent les conditions d’un partenariat industriel durable avec un pays qui, une fois la guerre terminée, aura besoin de reconstruire une armée entière. L’Ukraine sera le plus grand marché de défense du continent dans dix ans. MBDA l’a compris. Les gouvernements, eux, mettent simplement leur signature politique sur une réalité industrielle déjà à l’œuvre.

La question budgétaire reste néanmoins posée : qui finance ce transfert ? Si les contribuables français participent, sans le savoir, à former une industrie d’armement concurrente à terme, le Parlement devrait en être informé.

Ormuz : quand le commerce mondial devient une variable militaire

À 5 000 kilomètres de Kiev, un pétrolier rendu inopérant dans le détroit d’Ormuz rappelle une vérité que trop de dirigeants européens persistent à ignorer : l’économie mondiale repose sur des lignes de communication maritimes que personne ne peut tenir pour acquises. Ormuz, c’est 20 % du pétrole mondial qui transite chaque jour dans un couloir de 50 kilomètres de large. Un projectile « inconnu » — lisez : iranien ou de ses proxies — suffit à paralyser un navire et à faire frissonner les marchés pétroliers.

Dans ce contexte, la stratégie d’asphyxie économique choisie par Donald Trump contre Téhéran prend un relief particulier. Plutôt qu’un engagement militaire coûteux à l’approche des midterms, Washington resserre l’étau financier sur une soixantaine d’entités iraniennes supplémentaires. C’est rationnel. C’est aussi un aveu implicite que la puissance militaire conventionnelle a ses limites — et un signal que l’Europe devrait méditer sérieusement concernant sa propre marine, chroniquement sous-dotée pour des missions de haute intensité.

Ce que tout cela dit de notre niveau d’effort

Revenons à la France. Notre pays consacre aujourd’hui 2 % de son PIB à la défense — un seuil OTAN atteint tardivement, et encore discutable dans sa composition réelle si l’on y retire les pensions. L’Allemagne a engagé son Sondervermögen de 100 milliards. Les Pays-Bas repassent au-dessus de 2,5 %. La Pologne frôle les 5 %. Et nous ?

Je pense que la transmission de secrets industriels à Kiev, aussi courageuse qu’elle soit, ne peut pas masquer une réalité plus prosaïque : la France reste en deçà de son effort nécessaire. Partager des recettes de fabrication ne remplace pas des stocks, des effectifs, des plateformes navales, une présence crédible dans les zones de tension. Le monde brûle sur trois fronts simultanément. Notre industrie de défense est brillante. Notre ambition budgétaire, elle, reste encore trop timide.

Le réveil géopolitique de l’Europe est réel. Qu’il soit aussi financier.

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