Kiev est à court de missiles antibalistiques. Ses fournisseurs occidentaux, dont la France, ont livré leurs stocks — et ils sont vides. Cette situation n’est pas une surprise tragique : c’est la facture prévisible de trente ans d’underinvestissement dans nos capacités militaires. Il est temps d’appeler les choses par leur nom.
2 %
Le seuil minimal du PIB consacré à la défense fixé par l’OTAN — que la France a mis des décennies à atteindre, pendant que la menace russe se reconstituait méthodiquement.
La réalité brutale d’une défense anti-aérienne à sec
La nouvelle tombe comme un missile qu’on n’a plus les moyens d’intercepter : la défense anti-aérienne ukrainienne aurait épuisé ses stocks de missiles antibalistiques fournis par les États-Unis, la France et l’Italie. Moscou, pragmatique dans sa barbarie, n’a pas tardé à en tirer les conséquences opérationnelles en redoublant ses frappes balistiques sur Kiev et les grandes villes ukrainiennes.
Force est de constater que cette situation n’est pas le fruit d’un malencontreux hasard logistique. Elle est la conséquence directe d’une décision politique structurelle, prise et répétée pendant trois décennies par les gouvernements successifs en France comme dans toute l’Europe : rogner sur les budgets de défense, vider les arsenaux, réduire les capacités industrielles de production, au nom d’une paix perpétuelle qui n’a existé que dans les discours.
La France a fourni des munitions Aster via ses propres stocks SAMP/T. C’est honorable. Mais quand on livre à partir de ses propres réserves, on s’affaiblit. Et aujourd’hui, nos lignes de production ne permettent pas de reconstituer rapidement ce qui a été cédé. MBDA, fleuron industriel européen, ne peut pas doubler sa cadence de fabrication du jour au lendemain. L’outil industriel militaire se construit sur des années. On ne rattrape pas trente ans de désarmement en dix-huit mois de guerre.
Le vrai coût du pacifisme budgétaire
La question n’est pas morale, elle est comptable. Et la comptabilité de notre irresponsabilité stratégique est désormais visible à l’œil nu.
Pendant que la Russie reconstruisait son complexe militaro-industriel tout au long des années 2000 et 2010, nous, les Européens, célébrions les dividendes de la paix. En 1990, la France consacrait 3,5 % de son PIB à la défense. En 2015, ce ratio était tombé à 1,78 %. Le modèle allemand était encore plus édifiant : Berlin a laissé sa Bundeswehr se délabrer au point d’aligner des hélicoptères incapables de voler et des sous-marins inaptes à plonger.
Ce qu’on a économisé sur le dos de nos armées, on le dépense aujourd’hui en urgence, dans des conditions dégradées, à des coûts bien supérieurs. La loi de programmation militaire française 2024-2030 prévoit 413 milliards d’euros sur sept ans. C’est un rattrapage nécessaire. Mais un rattrapage, par définition, coûte plus cher qu’un entretien régulier. Demandez à n’importe quel chef d’entreprise ce que lui coûte de négliger sa maintenance pendant dix ans.
Cyberdéfense, ingérences, missiles : la guerre totale est là
La revue de presse de ce jeudi 6 août 2026 offre, dans sa brutalité, un panorama complet de la guerre totale qui se déroule sous nos yeux. Gabriel Attal, Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann : visés par des opérations d’ingérence russe en pleine précampagne présidentielle française. Des hedge funds américains ciblés par des cyberattaques. Des missiles balistiques qui tombent sur Kiev faute d’intercepteurs disponibles. Le tout tandis que le Japon s’interroge ouvertement sur l’arme nucléaire et que les rendements des bons du Trésor américain à 30 ans atteignent des sommets, signalant la fragilité des finances publiques de la première puissance mondiale.
La guerre du XXIe siècle est multidimensionnelle. Elle se gagne ou se perd dans les arsenaux, les datacenters, les urnes et les marchés obligataires. La France doit en tirer les conséquences, non pas demain, non pas après la présidentielle de 2027 : maintenant. Car dans ce type de conflit, celui qui attend paie toujours le prix fort.


