Au moins 15 morts dans de nouveaux bombardements russes sur Kiev. La guerre en Ukraine dure, saigne, et coûte. Mais pendant que les chancelleries comptent leurs morts, les ministères des Finances comptent leurs dettes. La question que personne ne pose franchement : la France a-t-elle encore les moyens de ses ambitions stratégiques ?
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C’est la dette publique française — soit plus de 110% du PIB — qui contraint chaque arbitrage budgétaire, y compris en matière de défense.
La guerre coûte. La dette aussi.
Les images de Kiev en feu rappellent une vérité que les années de paix avaient anesthésiée : la sécurité a un prix. Un prix en vies humaines, d’abord. Un prix budgétaire, ensuite. Et c’est là que la France se trouve dans une position inconfortable.
Depuis 2022, Paris a multiplié les déclarations de soutien à l’Ukraine. Respectables. Nécessaires. Mais qu’en est-il des engagements financiers réels ? La Loi de Programmation Militaire 2024-2030 prévoit 413 milliards d’euros sur sept ans, portant le budget de la défense de 2% à 2,5% du PIB d’ici 2030. C’est mieux qu’avant. Ce n’est pas suffisant, et surtout, on peut légitimement se demander si cet argent sera effectivement au rendez-vous.
Car voilà le paradoxe français : on vote des lois de programmation, on annonce des cibles ambitieuses, et puis la réalité budgétaire reprend ses droits. On se souvient de la LPM 2014-2019, abondamment révisée à la baisse en cours de route. Rien ne garantit que la trajectoire actuelle ne connaîtra pas le même sort, surtout quand le déficit public dépasse les 5% du PIB et que les agences de notation s’impatientent.
Ce que nos voisins font que nous ne faisons pas
L’Allemagne a décidé d’un « Sondervermögen » — un fonds spécial défense de 100 milliards d’euros — hors dette ordinaire, adopté en quelques semaines, voté avec un soutien transpartisan. La Pologne consacre désormais 4% de son PIB à la défense. Les pays baltes, directement menacés, ont rejoint ce niveau d’effort. Le Danemark vient de voter une hausse historique de son budget militaire.
La France, elle, dépense 58,2% de son PIB en dépenses publiques — record européen — et peine malgré tout à tenir ses engagements OTAN. Ce n’est pas une question de moyens globaux : c’est une question d’allocation. Quand l’État est partout, il devient efficace nulle part. Dix euros dépensés en subventions saupoudrées, c’est dix euros qui ne financent pas un radar, un missile, un sous-marin.
Force est de constater que la puissance militaire ne se décrète pas dans un discours de politique générale. Elle se construit dans des lignes budgétaires sanctuarisées, sur dix ans, sans dérogation.
Sanctuariser, évaluer, assumer
La vraie réforme ne consiste pas à promettre plus d’argent pour la défense — c’est facile. Elle consiste à garantir que chaque euro engagé produit un effet opérationnel réel, et à tailler dans les dépenses publiques sans lien avec la souveraineté pour libérer les marges nécessaires.
On compte en France 5,7 millions de fonctionnaires. Est-on certain que chaque poste, chaque mission, concourt à la sécurité collective ou à l’efficacité de l’État ? La question n’est pas idéologique. Elle est arithmétique.
Les bombardements sur Kiev ne sont pas une abstraction géopolitique. Ils sont un signal d’alarme budgétaire autant que stratégique. La France peut encore choisir : soit elle se donne les moyens d’une défense crédible en réformant enfin ses finances publiques, soit elle continue de promettre sans financer. Dans ce second cas, il ne faudra pas s’étonner d’être moins écoutée à Bruxelles, à Washington — et peut-être, un jour, sur son propre territoire.
L’urgence stratégique appelle un courage budgétaire que la classe politique reporte depuis trop longtemps.


