Pendant que Paris se débat avec des canicules qui menacent son budget déjà exsangue, Rome choisit de reprendre en main sa souveraineté énergétique et, par extension, stratégique. Le retour du nucléaire en Italie n’est pas qu’une décision énergétique : c’est un acte géopolitique majeur. La France, elle, continue de croire que ses 58 réacteurs lui confèrent une rente éternelle. Erreur de diagnostic.
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Nombre d’années écoulées depuis la sortie de l’Italie du nucléaire civil, avant que Rome ne décide d’y revenir pour des raisons de souveraineté stratégique.
Rome joue sa souveraineté. Paris dort sur ses lauriers.
Giorgia Meloni ne fait pas de la politique énergétique pour faire plaisir aux lobbies verts ou aux technocrates de Bruxelles. Elle en fait pour une raison simple, brutale et saine : l’indépendance nationale. Le Sénat italien s’apprête à promulguer une loi-cadre autorisant le déploiement de réacteurs nucléaires. Après quarante ans d’absence, l’Italie revient dans le jeu. Ce n’est pas anodin.
Pourquoi cela concerne-t-il directement la défense ? Parce que la souveraineté énergétique et la souveraineté militaire sont les deux faces d’une même médaille. Un pays qui dépend de l’étranger pour son électricité est un pays vulnérable, pas seulement économiquement, mais stratégiquement. Les forces armées consomment de l’énergie. Les industries de défense consomment de l’énergie. Les systèmes de commandement, de communication, de renseignement — tout cela consomme de l’énergie. Maîtriser sa production électrique, c’est donc aussi maîtriser sa capacité à se défendre.
La France, fière de son parc nucléaire, pourrait en tirer avantage. Comme le dit la formule qui circule désormais à Rome, Paris fait fonctionner « trois réacteurs pour l’Italie depuis 30 ans ». Sauf que cette rente ne durera pas éternellement si EDF continue de repousser ses grands carénages, si les nouvelles tranches EPR s’éternisent dans les délais et les surcoûts, et si l’État actionnaire continue de piloter le fleuron nucléaire français comme une administration plutôt que comme une entreprise de souveraineté.
Le budget défense pris en étau entre canicule et dette
Revenons à la réalité française du mois d’août 2026. Les canicules et les incendies de cet été pourraient coûter entre 3 et 6 milliards d’euros supplémentaires aux finances publiques. Trois à six milliards. C’est précisément la fourchette que le gouvernement cherche à gratter chaque année sur le budget des armées pour tenir ses objectifs de déficit. La coïncidence est cruelle.
Force est de constater que la France se retrouve dans une position inconfortable : elle a voté une Loi de Programmation Militaire ambitieuse, portant l’effort de défense vers 2 % du PIB, mais elle n’a ni les marges budgétaires, ni la rigueur de gestion nécessaires pour tenir cet engagement dans la durée. Chaque catastrophe naturelle, chaque dérapage de dépenses sociales, chaque point de croissance en moins grignote les crédits qui devraient aller aux équipements, à la préparation opérationnelle, au recrutement.
Nos partenaires allemands, néerlandais et suisses ont compris que la rigueur budgétaire n’est pas l’ennemie de la défense : elle en est la condition préalable. On ne peut pas financer durablement un effort militaire sérieux avec une dette publique qui dépasse 115 % du PIB et un déficit chroniquement au-dessus de 4 %.
La vraie menace n’est pas climatique, elle est géopolitique
L’attentat de Moscou du 1er août, la guerre qui se poursuit en Iran, la flotte fantôme russe de GNL qui s’étend en mer du Nord, les cyberattaques contre des enseignes civiles comme Intermarché — autant de signaux qui rappellent que le monde est entré dans une zone de turbulences durables. Dans ce contexte, la tentation de faire payer la facture climatique sur le dos du budget des armées serait une faute stratégique majeure.
La vraie question que devrait se poser le gouvernement français est celle-ci : dans un monde où l’Italie relance le nucléaire, où la Russie étend ses capacités de déstabilisation, où l’or dépasse 4 000 dollars l’once révélant une défiance profonde envers la stabilité mondiale — peut-on encore se permettre de jouer avec les crédits militaires pour équilibrer des comptes que personne ne maîtrise vraiment ?
Je ne le crois pas. Et les armées non plus.


