Mittelstand allemand : leçon d’industrie de défense pour la France

Publié le
Lecture : 3 min
Mittelstand allemand : leçon d'industrie de défense pour la France
Mittelstand allemand : leçon d'industrie de défense pour la France | Armees.com

Pendant que la France subventionne à tout va sans évaluer ses résultats, l’Allemagne industrielle tremble face à la concurrence chinoise et se réinvente. Une leçon que notre base industrielle et technologique de défense devrait méditer — avant qu’il ne soit trop tard.

**38 milliards €**

Budget de la défense française en 2026, dont moins de 40% atteint réellement les entreprises françaises sous forme de commandes industrielles directes.

Le Mittelstand en crise : miroir tendu à l’industrie française

On connaît le Mittelstand allemand. Ces dizaines de milliers de PME et ETI qui font la colonne vertébrale industrielle d’outre-Rhin. Des entreprises familiales, souvent centenaires, championnes mondiales dans leur niche. Précision, excellence, compétitivité. Le Financial Times le rappelle ce jeudi avec une inquiétude à peine voilée : la pression chinoise s’intensifie, et ces entreprises n’ont plus beaucoup de temps pour se réformer.

Pourquoi cette information intéresse-t-elle le lecteur d’Armées.com ? Parce que derrière l’économie civile, il y a l’économie de défense. Et parce que la France, elle aussi, dispose d’un tissu de PME de défense remarquable — discret, compétent, souvent ignoré de Paris. Des entreprises qui fabriquent des composants électroniques critiques, des optiques de précision, des matériaux spéciaux. Des entreprises que l’on dit vouloir protéger, mais que l’on étouffe méthodiquement sous les normes, les délais de paiement de l’État et les appels d’offres kafkaïens.

Résultat ? Quand la Loi de Programmation Militaire affiche fièrement ses 413 milliards d’euros sur sept ans, on s’interroge : combien atterrissent réellement dans ces PME françaises souveraines ? La réponse est édifiante. L’échelon intermédiaire — grands groupes, sous-traitance étrangère — capte l’essentiel. Le tissu industriel de proximité, lui, attend.

L’Allemagne réforme, la France proclame

Force est de constater une différence fondamentale entre les deux approches. Face à la concurrence chinoise qui ravage ses marchés civils, l’Allemagne industrielle engage une réforme structurelle douloureuse. Les Mittelständler compriment leurs coûts, investissent dans l’automatisation, repositionnent leurs gammes. L’État fédéral, lui, simplifie les procédures. Péniblement, imparfaitement — mais il le fait.

En France, on proclame. La Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD) est régulièrement célébrée dans les discours officiels. Elle compte sur le papier environ 4 000 entreprises et 200 000 emplois directs. Chiffres honorables. Mais combien de ces entreprises ont déposé le bilan ces cinq dernières années faute de visibilité sur les commandes publiques ? Combien ont été rachetées par des fonds étrangers faute de repreneur français ? On ne le dit pas. On ne le mesure pas. Ce qui ne se mesure pas ne se gère pas.

Pendant ce temps, nos voisins investissent autrement. La Suède consacre 2,4% de son PIB à la défense et s’assure que chaque couronne dépensée génère de la souveraineté industrielle mesurable. Le Danemark a réformé son système d’acquisition pour réduire les délais de moitié en dix ans. En France, le délai moyen entre la décision d’achat et la livraison d’un équipement majeur dépasse encore sept ans.

Réformer ou subir

La question n’est pas de dépenser plus. Trente-huit milliards d’euros par an, c’est considérable. La question est de dépenser mieux, en exigeant de chaque euro engagé une traçabilité, un résultat, une évaluation indépendante.

On pourrait commencer par trois mesures simples : publier annuellement la part réelle des commandes de défense captée par les PME françaises, réduire à 30 jours les délais de paiement de l’État aux sous-traitants de défense — contre 60 à 90 jours aujourd’hui — et soumettre chaque grand programme d’armement à un audit d’efficacité économique indépendant.

L’Allemagne tremble pour son industrie. C’est le signe qu’elle la regarde en face. La France, elle, continue de célébrer la sienne. Ce n’est pas la même chose.

Il est temps que nos décideurs choisissent : la réforme courageuse ou le discours confortable.

A lire aussi :

Laisser un commentaire

Share to...