Europe sans les Américains : l’heure de vérité budgétaire

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Europe sans les Américains : l'heure de vérité budgétaire
Europe sans les Américains : l'heure de vérité budgétaire | Armees.com

Les États-Unis viennent d’officialiser ce que beaucoup refusaient encore d’entendre : Washington réexamine sa présence militaire en Europe. Le réveil est brutal. Et la question qui s’impose désormais n’est plus géopolitique, elle est comptable : les Européens ont-ils les moyens de leur souveraineté ?

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Le seuil du PIB consacré à la défense exigé par l’OTAN — que la France atteint tout juste en 2026, après des années de sous-investissement chronique.

Le coup de semonce de Colby

Elbridge Colby est un homme qui dit ce qu’il pense, et ce qu’il pense doit nous tenir éveillés la nuit. Le numéro deux du Pentagone vient de confirmer que les États-Unis engagent un réexamen formel de leur présence militaire sur le sol européen. Le message est clair, « conçu pour garantir que l’OTAN progresse rapidement et de façon irréversible » vers une Europe qui assume elle-même la responsabilité principale de sa défense conventionnelle. Traduction sans langue de bois : les GI’s ne seront pas éternellement là pour compenser notre paresse stratégique.

Force est de constater que l’Europe, et la France en particulier, a profité depuis 1991 d’un parapluie américain qui lui a permis de rogner sur ses budgets militaires pour financer ses États-providence. Trente ans de dividendes de la paix, trente ans d’atrophie capacitaire. Aujourd’hui, la facture arrive. Et elle est salée. Les Européens manquent de munitions, de drones, de capacités de projection autonome, de renseignement satellitaire indépendant. Nous avons construit des hôpitaux et subventionné des industries moribondes quand il aurait fallu investir dans nos armées.

La France peut-elle vraiment faire cavalier seul ?

Je ne mets pas en doute la volonté affichée par le gouvernement Lecornu de rehausser l’effort de défense. La Loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit 413 milliards d’euros sur sept ans, un effort réel après des décennies de disette. Mais derrière les annonces, la réalité budgétaire est plus rugueuse. La France affiche une dette publique à 112 % du PIB. Chaque milliard supplémentaire alloué à l’armée est un milliard que l’État emprunte sur les marchés, avec des taux qui n’ont rien à voir avec la décennie de taux zéro.

La question n’est donc pas seulement de savoir si nous voulons dépenser plus pour notre défense — la réponse est oui, et c’est l’une des rares dépenses publiques que je considère pleinement légitime — mais de savoir comment nous le finançons. En continuant à emprunter sur fond de déficit structurel ? En taillant enfin dans les dépenses publiques improductives ? C’est ici que le débat politique français reste désespérément muet. On vote des budgets militaires en hausse d’une main, et on refuse de toute l’autre main la moindre réforme de l’État.

L’industrie de défense, notre meilleur atout

Il y a pourtant une bonne nouvelle dans ce tableau sombre : la France dispose d’une base industrielle et technologique de défense — la BITD — parmi les plus solides d’Europe. Dassault, Thales, Naval Group, KNDS : ces entreprises exportent, innovent et font vivre des dizaines de milliers d’emplois qualifiés. C’est exactement le modèle que je défends — une dépense publique qui crée de la valeur, génère des recettes fiscales et renforce notre souveraineté simultanément.

Mais pour que cette industrie tienne le rythme qu’exige le contexte géopolitique actuel, il faut des commandes claires, des délais contractuels tenus et une administration capable de décider vite. Trois qualités qui ne sont pas exactement la signature habituelle de l’État français.

La question que chaque Européen doit se poser ce matin est simple : sommes-nous prêts à payer le prix réel de notre liberté ? Ou allons-nous attendre que les Américains claquent définitivement la porte pour comprendre que la souveraineté ne se décrète pas — elle se finance ?

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