La Gironde brûle encore. Et les oppositions, de LFI au RN, pointent une même réalité : l’État n’a pas les moyens de protéger les Français. Paradoxe absolu dans un pays qui dépense 58,2 % de son PIB en dépenses publiques. La question n’est pas de dépenser plus. C’est de savoir pourquoi on dépense si mal.
58,2 %
Part des dépenses publiques dans le PIB français — le ratio le plus élevé de toute l’Union européenne, devant même la Suède.
L’État qui fait tout… sauf l’essentiel
Un mégafeu ravage la Gironde. Des avions bombardiers d’eau manquent. Des effectifs de sapeurs-pompiers sont en tension. Le Conseil des ministres vire à la réunion de crise. Et on nous explique, la main sur le cœur, qu’il faut « davantage de moyens ».
Soyons sérieux. La France lève chaque année plus de 1 300 milliards d’euros de prélèvements obligatoires. Elle emploie 5,7 millions de fonctionnaires. Elle abrite 42 opérateurs de l’État, des centaines d’agences, de hauts comités, de délégations interministérielles et autres fabriques à rapports. Et elle serait incapable d’armer suffisamment sa flotte aérienne de lutte contre les incendies ?
Ce n’est pas un problème de ressources. C’est un problème d’allocation. L’État français est obèse et impotent à la fois. Il se mêle de tout — des menus des cantines scolaires aux labels de la bière artisanale — et faillit sur ses missions régaliennes fondamentales : sécurité, défense, protection des populations. On a construit un Léviathan bureaucratique incapable de mobiliser rapidement vingt Canadair supplémentaires.
Regardons les chiffres sans fard : la Direction générale de la sécurité civile gère un budget annuel d’environ 600 millions d’euros. C’est moins que ce que coûte chaque année la seule gestion des 36 000 communes françaises dans leur millefeuille administratif. Cherchez l’erreur.
Ce que coûte vraiment l’inaction normative
Derrière le drame des incendies, il y a un problème structurel que personne ne veut nommer : la paralysie par la norme. En France, on recense aujourd’hui plus de 400 000 normes en vigueur. Pour commander un nouveau Canadair, il faut en moyenne sept à huit ans entre la décision budgétaire et la livraison effective — quand tout va bien. Les délais de passation de marchés publics, les procédures de mise en concurrence européenne, les recours contentieux : autant d’obstacles que nos voisins allemands ou suédois ont su rationaliser sans sacrifier la rigueur.
La Suède, pays pourtant bien moins riche en superficie forestière que la France, a investi massivement dans une doctrine de pré-positionnement des moyens aériens dès le début de l’été. Coût : marginal comparé aux destructions évitées. La logique est simple — du bon sens paysan, dirait-on — mais elle suppose de planifier, d’arbitrer, d’assumer des choix budgétaires clairs. Ce que notre classe politique répugne à faire, préférant improviser en cellule de crise sous les caméras.
La réforme de la commande publique sur les équipements de sécurité civile est chiffrée, documentée, réclamée depuis des années. Elle dort dans des tiroirs ministériels.
Arrêter de pleurer, commencer à choisir
Il faut dire une vérité dérangeante : les Français ne souffrent pas d’un État qui dépense trop peu. Ils souffrent d’un État qui dépense à côté. Chaque euro mal alloué à un dispositif non évalué est un euro de moins sur une flotte aérienne, un centre de déminage, une caserne de pompiers.
La solution n’est pas d’ouvrir le robinet budgétaire en urgence — réflexe pavlovien qui ne résout rien. Elle est de procéder enfin aux arbitrages que tout le monde esquive : supprimer les dépenses sans effet prouvé, concentrer les moyens sur les missions que seul l’État peut accomplir, évaluer systématiquement chaque politique publique.
La prochaine saison des feux reviendra. Le choix appartient aux décideurs politiques : continuer à gérer la pénurie par le spectacle médiatique, ou réformer en profondeur l’allocation de la dépense publique. Il n’y a pas de troisième voie.


