Trois semaines. C’est le temps qu’il a fallu au général Anil Chauhan, chef d’état-major indien, pour réagir aux affirmations pakistanaises sur le bilan aérien de l’opération Sindoor. Entre-temps, une note du RUSI (Royal United Services Institute, centre de réflexion britannique) est venue rebattre les données du conflit qui a opposé l’Inde au Pakistan du 7 au 10 mai.
L’opération avait été déclenchée en représailles à l’attaque terroriste de Pahalgam, au Jammu-et-Cachemire, le 22 avril. New Delhi avait prévenu Islamabad de son intention de frapper les camps soupçonnés d’abriter les responsables de l’attentat. Les forces aériennes indiennes ont ensuite visé des installations militaires et des infrastructures liées à des groupes terroristes sur le sol pakistanais.
Des Rafale envoyés sans escorte anti-radar
Selon le RUSI, les appareils indiens ont opéré par vagues, dans un espace aérien contesté, face à une défense intégrée et des chasseurs pakistanais en alerte. Les pilotes indiens étaient soumis à des règles d’engagement strictes leur interdisant d’attaquer les avions pakistanais ou de neutraliser préventivement leurs systèmes de défense sol-air.
Le think tank y voit un choix assumé de Delhi : « accepter un risque opérationnel accru afin de limiter le conflit aux infrastructures liées au terrorisme est révélateur de la retenue dont a fait preuve l’IAF », note le RUSI.
Dans ce cadre contraint, des Rafale ont volé en profondeur sans escorte dédiée à la suppression des défenses aériennes. Leur suite d’autoprotection SPECTRA, qui combine récepteurs d’alerte, brouilleurs et leurres, a permis de détecter et de contrer les menaces en temps réel, illustrant l’importance de la guerre électronique dans les opérations militaires.
Les équipages ont repoussé à plusieurs reprises des tentatives de verrouillage et des tirs de missiles sol-air, les contre-mesures parvenant à tromper ou saturer les guidages adverses. De quoi maintenir la pression offensive et sécuriser les trajectoires de sortie vers l’Inde.
En face, le dispositif pakistanais reposait sur des étages sol-air longue portée et des intercepteurs modernes. Les rapports publiés après l’opération décrivent une sous-performance du système chinois HQ-9, sans élément concluant en faveur du couple J-10C et missile PL-15. Le chasseur JF-17 n’aurait pas empêché les frappes contre des sites sensibles. Le RUSI formule ces constats avec prudence : aucune donnée chiffrée publique sur les pertes ou les règles d’engagement côté pakistanais n’a filtré.
Islamabad revendique six avions abattus, dont trois Rafale
Dès le 7 mai, Islamabad a affirmé sans preuve irréfutable avoir abattu six avions de combat indiens, dont trois Rafale, vantant au passage l’efficacité du J-10 chinois et du PL-15. La Chine a tenté de tirer profit de cette communication.
Plus d’un mois après les faits, la campagne se poursuit : une partie des 18 000 commentaires postés sous un message du président Macron faisant l’éloge du Rafale auprès des Européens en porte encore la marque.
Il a fallu attendre le bilan du général Chauhan pour obtenir une version officielle indienne, avec la reconnaissance de pertes côté IAF (officieusement un Rafale, un MiG-29 et un Su-30MKI). Le RUSI relativise l’enjeu des chiffres : « au-delà des pertes, l’opération indienne doit être évaluée à l’aune de son ampleur et de sa complexité […] le simple fait que l’IAF ait pu frapper des cibles malgré la défense aérienne pakistanaise et mener des attaques ultérieures démontre sa capacité à mener des opérations coercitives de précision ».
Le think tank rappelle aussi que l’Inde est parvenue à déjouer la défense aérienne pakistanaise, fournie par la Chine, pour cibler certaines bases aériennes, une première depuis la guerre de 1971.
Le 25 juin, le site spécialisé Indian Defence Research Wing a rapporté que l’IAF s’était déclarée entièrement satisfaite des performances du Rafale et des missiles SCALP. L’attaché militaire indien à Paris a exprimé la gratitude de son pays pour le rôle du Rafale et du SCALP durant l’opération Sindoor.
Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a confirmé cette satisfaction lors d’une audition au Sénat, tout en reconnaissant les limites de son information : « on n’a pas les retours exacts de ce qu’il s’est passé, simplement la satisfaction des Indiens sur la réalité des missions qu’ils ont faites ».
Sur la guerre informationnelle pakistanaise, Trappier se montre serein pour les clients existants, moins pour la prospection. Les attaques « ne gênent pas ceux qui ont des Rafale », car ils savent qu’elles sont fausses, mais « ça peut nous gêner dans certaines campagnes de prospection. Mais la problématique est avant tout politique », a-t-il ajouté.
Il concède néanmoins « un moment d’inquiétude » et met en avant l’évolutivité de l’appareil, avec l’arrivée du standard F5 nourri par les retours d’expérience indiens. Interrogé sur la comparaison avec les flottes rivales, il tranche sans détour : le Rafale « n’est pas meilleur forcément que tous les avions russes ou que tous les avions chinois encore que, pour les avions chinois, la réponse est oui ».








