L’Iran vient de refermer le détroit d’Ormuz. Les États-Unis bombardent. Le golfe Persique s’embrase. Et la France, pendant ce temps, découvre qu’une souveraineté énergétique et stratégique, ça se finance avant la crise — pas pendant.
**21 %**
Part du pétrole mondial transitant par le détroit d’Ormuz — chaque point de fermeture prolongée coûte plusieurs milliards à l’économie européenne.
Le prix de l’impréparation se paie cash
On peut se demander combien de fois il faudra que le détroit d’Ormuz ferme avant que les décideurs européens comprennent une vérité simple : la dépendance stratégique a un coût, et ce coût est toujours supérieur à celui de la prévention.
Ce lundi 13 juillet 2026, les Gardiens de la Révolution iraniens ont décrété une nouvelle fermeture de ce goulet d’étranglement maritime par lequel transitent 21 % du pétrole mondial. L’armée américaine a répliqué dans la nuit. Et l’Europe regarde, une fois de plus, depuis les gradins.
Pour la France, la question budgétaire est immédiate et brutale. Chaque envolée du cours du brut générée par une crise en mer d’Oman se traduit directement en coût opérationnel pour les armées : le carburant représente plusieurs centaines de millions d’euros par an dans les budgets de fonctionnement des forces. Une flambée de 30 % du baril, c’est une ardoise non provisionnée de l’ordre de 150 à 200 millions d’euros. Argent qui ne va pas aux équipements, ni aux hommes.
Force est de constater que la LPM 2024-2030 n’a pas prévu de clause de révision automatique liée aux chocs géopolitiques. Pendant ce temps, les Américains disposent de réserves stratégiques et d’une capacité de projection maritime sans commune mesure avec celle de Paris.
La marine nationale, angle mort de la programmation
Imaginez un instant que la France doive, demain, contribuer militairement à sécuriser le passage d’Ormuz. De quels moyens dispose-t-elle réellement ?
La Marine nationale aligne deux groupes de frégates multi-missions, un porte-avions — régulièrement en maintenance — et une flotte de sous-marins de qualité mondiale, mais en nombre insuffisant. La Suède, petit pays de 10 millions d’habitants, consacre aujourd’hui 2,4 % de son PIB à la défense et a sanctuarisé ses capacités sous-marines. Le Danemark vient de franchir les 2 %. L’Allemagne, après des décennies de déni, injecte 100 milliards d’euros en fonds spéciaux.
La France, elle, atteint péniblement 2 % du PIB — soit environ 67 milliards d’euros en 2026 — mais une part significative est consommée par la dissuasion nucléaire (20 % du budget défense) et les surcoûts des opérations extérieures, systématiquement sous-budgétés en loi de finances initiale. Résultat : la marine de haute mer, celle qui compte dans un scénario Ormuz, manque chroniquement de moyens de maintien en condition opérationnelle.
Souveraineté maritime : investir ou subir
La crise qui s’ouvre dans le Golfe n’est pas une surprise. Les analystes la documentent depuis dix-huit mois. Ce qui manque n’est pas le renseignement — c’est la volonté budgétaire d’en tirer les conséquences.
On peut se demander pourquoi la France n’a pas encore sanctuarisé un fonds de résilience stratégique, indexé sur les chocs exogènes, à l’image de ce que pratiquent la Norvège ou la Suisse pour leurs réserves financières. Un mécanisme simple : dès qu’un indice de risque géopolitique dépasse un seuil défini, des crédits préaffectés sont débloqués sans passer par le circuit parlementaire ordinaire.
Ce n’est pas de la magie. C’est de la gestion. C’est ce que font les pays sérieux.
Pendant que la diplomatie s’agite et que les marchés pétroliers s’affolent, une seule question mérite réponse : la France accepte-t-elle d’être spectatrice de sa propre sécurité, ou se décide-t-elle enfin à financer sa liberté d’action ?


