Peine de mort : explosion mondiale des exécutions avec un record historique en 2025
La peine de mort connaît une résurgence aussi inquiétante qu’implacable à l’échelle planétaire. Selon le rapport annuel d’Amnesty International publié le lundi 18 mai, l’année 2025 a enregistré le nombre d’exécutions le plus élevé depuis 1981 : 2 707 personnes mises à mort dans 17 pays. Cette escalade de 78 % par rapport aux 1 518 exécutions recensées en 2024 trahit une instrumentalisation croissante de la justice capitale à des fins politiques et répressives, dans ce que l’organisation qualifie de dérive sans précédent depuis quatre décennies.
Cette flambée des exécutions s’inscrit paradoxalement dans un contexte global où l’abolition progresse : 113 pays ont désormais totalement renoncé à la peine capitale, soit près des trois quarts de la communauté internationale. Une minorité d’États persiste pourtant dans cette pratique, transformant l’exécution en véritable arme de contrôle social et politique.
L’Iran, épicentre d’une répression sans précédent
La République islamique d’Iran concentre à elle seule 80 % des exécutions mondiales recensées par Amnesty International. Avec 2 159 personnes exécutées par pendaison — contre 972 en 2024 —, le régime a plus que doublé son recours à la peine capitale en l’espace d’un an. Cette escalade s’est particulièrement intensifiée à la suite de la « guerre des douze jours » qui a opposé l’Iran à Israël et aux États-Unis en juin 2025.
Selon Ouest-France, 654 exécutions avaient été comptabilisées avant ce conflit, contre 1 505 entre juillet et décembre. Les autorités iraniennes ont par ailleurs mis à mort au moins 11 hommes accusés d’espionnage ou de collaboration avec Israël, contre deux seulement avant les frappes militaires de juin — révélant l’usage délibéré de la peine capitale comme instrument de guerre psychologique intérieure.
Près de la moitié des exécutions iraniennes, soit 998, concernent des infractions liées aux stupéfiants, illustrant l’instrumentalisation de la lutte antidrogue à des fins répressives, en contradiction flagrante avec les standards internationaux, qui réservent la peine capitale aux seuls « crimes les plus graves ».
Une géopolitique de la terreur au Moyen-Orient
La région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord concentre l’essentiel de cette dérive sécuritaire. L’Arabie saoudite a franchi un seuil historique avec 356 exécutions, dont 240 pour des infractions liées aux stupéfiants, soit 67 % de son total national. Le Koweït a presque triplé le nombre de ses condamnés mis à mort, passant de 6 à 17, tandis que les Émirats arabes unis reprenaient cette pratique pour la première fois depuis 2021.
Cette escalade s’accompagne d’évolutions juridiques préoccupantes. La Knesset israélienne a examiné plusieurs propositions d’élargissement de la peine capitale à l’encontre de Palestiniens, adoptant le 30 mars dernier une loi prévoyant cette sanction pour les auteurs d’attentats meurtriers — une évolution qui suscite une vive inquiétude parmi les défenseurs des droits humains.
Les États-Unis, exception occidentale persistante
Pour la dix-septième année consécutive, les États-Unis demeurent le seul pays des Amériques à maintenir des exécutions. Avec 47 personnes mises à mort, le pays atteint son niveau le plus élevé depuis 2009. La Floride seule en a réalisé 19, un chiffre sans précédent depuis 1972.
Cette recrudescence s’inscrit dans une dynamique politique assumée. Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025 s’est accompagné d’un décret ordonnant de requérir systématiquement la peine de mort pour les crimes les plus graves. En avril 2026, son administration a élargi les modes d’exécution autorisés, désormais étendus au peloton d’exécution, à l’électrocution et à l’inhalation de gaz mortel, des pratiques que l’on croyait reléguées aux heures les plus sombres du siècle passé. À ce sujet, on lira également notre article sur l’ex-directeur du FBI accusé de menaces envers Trump, qui éclaire les tensions institutionnelles profondes traversant l’Amérique de cette période.
Implications stratégiques pour la sécurité internationale
Cette résurgence de la peine de mort révèle des enjeux géostratégiques d’une portée considérable. Comme le formule Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International : « Cette minorité éhontée se sert de la peine capitale pour instiller la peur, écraser la contestation et montrer la force qu’exercent les institutions sur les personnes défavorisées et les populations marginalisées. »
Les tensions internationales alimentent directement cette spirale. En faisant de l’exécution un outil de sécurité nationale, l’Iran transforme sa justice en instrument de guerre psychologique, déstabilisant l’ordre juridique international et offrant à d’autres régimes autoritaires un modèle à imiter. Cette logique du châtiment érigé en démonstration de puissance n’est pas sans rappeler d’autres formes de violence d’État documentées dans des contextes de conflit armé, à l’image des frappes massives sur Kiev qui ont coûté la vie à 24 civils en une seule nuit.
Perspectives d’abolition dans un monde fragmenté
Malgré ces dérives, la tendance historique vers l’abolition ne s’est pas inversée. 145 pays ont aboli la peine de mort en droit ou en pratique. L’Europe et l’Asie centrale n’ont enregistré aucune exécution en 2025. Le Bélarus, pour la première fois depuis 1994, n’a procédé à aucune mise à mort. Le Vietnam a aboli la peine capitale pour huit infractions, tandis que des initiatives législatives d’abolition ont émergé en Gambie, au Liberia et au Nigeria.
À la fin de l’année 2025, 25 508 personnes demeurent dans les couloirs de la mort, témoignant de l’ampleur du défi humanitaire. Les chiffres chinois, classés secret-défense, masquent probablement plusieurs milliers d’exécutions supplémentaires, rendant le bilan réel encore plus lourd à porter.
Cette bipolarisation entre États abolitionnistes et pays bourreaux dessine une géographie mondiale de plus en plus fracturée. L’enjeu dépasse la seule sphère des droits humains : il interroge les fondements mêmes de l’ordre international et la capacité des démocraties à défendre leurs valeurs face à des régimes qui ont fait de la mort un outil de gouvernance.








