Thundart réussit son premier tir d’essai : la France accélère vers l’autonomie en artillerie longue portée

MBDA et Safran ont réussi le premier tir d’essai de leur roquette Thundart le 14 avril, marquant une étape décisive vers l’autonomie française en artillerie longue portée. Cette munition guidée de 150 km de portée vise à remplacer les systèmes vieillissants de l’armée de Terre.

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Thundart réussit son premier tir d'essai : la France accélère vers l'autonomie en artillerie longue portée
Thundart réussit son premier tir d’essai : la France accélère vers l’autonomie en artillerie longue portée © Armees.com

Thundart franchit une étape décisive vers l’autonomie stratégique française

L’alliance industrielle entre MBDA et Safran Electronics & Defense vient d’atteindre un jalon déterminant avec le premier tir couronné de succès de la roquette Thundart, effectué le 14 avril depuis l’île du Levant. Cette prouesse technique marque une avancée cruciale pour la France dans sa quête d’indépendance stratégique en matière d’artillerie longue portée, tandis que l’Hexagone aspire à remplacer ses neuf lance-roquettes unitaires (LRU) obsolescents par une solution souveraine apte à égaler les redoutables systèmes américains HIMARS.

Selon Air-Cosmos, cette réussite technique confirme la pertinence des orientations architecturales retenues par les deux géants industriels français, qui ont conçu cette munition guidée en seulement dix-huit mois. « C’est un très grand succès dont nous sommes très fiers, qui a démontré et surpassé toutes nos attentes sur les parties de dynamique de vol mais également en termes de performances démontrées », se félicitait Hugo Coqueret, responsable du business développement combat terrestre chez MBDA, lors d’une conférence de presse organisée le 29 avril.

Une portée de 150 kilomètres pour dépasser les capacités actuelles

La roquette Thundart exhibe des performances qui éclipsent largement l’arsenal français contemporain. Dotée d’une portée opérationnelle de 150 kilomètres – soit plus du double des 70 kilomètres des LRU modernisés -, cette munition guidée véhicule une charge militaire de 100 kilogrammes et atteint des vitesses évoluant dans le « haut supersonique ». Ces caractéristiques exceptionnelles permettent d’engager des objectifs en profondeur en l’espace de quelques minutes, comprimant drastiquement les délais d’intervention.

L’architecture technique de Thundart repose sur l’intégration harmonieuse de briques technologiques éprouvées. Le système de guidage puise directement dans l’héritage du kit AASM (Armement Air-Sol Modulaire) de Safran, mariant navigation inertielle et guidage terminal par autodirecteur laser ou infrarouge. Cette hybridation sophistiquée garantit une précision « de quelques mètres » même dans des environnements électroniquement hostiles où les signaux satellites peuvent être neutralisés, répondant ainsi aux enseignements précieux tirés du conflit ukrainien.

Un écosystème industriel 100% français mobilisé

L’effort de développement mobilise désormais une centaine de collaborateurs issus des deux entreprises au sein d’un plateau commun, témoignant de l’envergure industrielle considérable du projet. Comme le souligne Aerotime, cette initiative s’articule exclusivement autour d’une chaîne de sous-traitance tricolore, s’épanouissant sur cinq régions métropolitaines.

La dimension souveraine du projet se matérialise également par l’absence totale de composants assujettis aux redoutables réglementations ITAR américaines. Cette caractéristique fondamentale confère à la France une liberté d’action absolue concernant les décisions d’exportation, tranchant avec les contraintes géopolitiques qui grèvent les systèmes d’origine américaine. MBDA envisage d’investir environ 2 milliards d’euros sur le territoire français entre 2026 et 2030, tandis que Safran a déjà quadruplé la production de kits AASM entre 2022 et 2025.

Une course contre la montre dans le programme FLP-T

Le succès de Thundart survient à un moment charnière du programme Frappe Longue Portée Terrestre (FLP-T), initié par la Direction générale de l’armement en 2023. La loi de programmation militaire 2024-2030 y consacre 600 millions d’euros afin d’acquérir entre 13 et 26 lanceurs avant la fin de la décennie. L’objectif consiste à reconstituer un bataillon d’artillerie roquettes au cœur d’une armée de Terre résolument engagée à disposer d’une division déployable avec ses appuis dès 2027.

La concurrence demeure néanmoins féroce avec d’autres propositions françaises. ArianeGroup et Thales développent conjointement le système FLP-T 150, dévoilé en mars 2026 mais qui n’a pas encore fait l’objet d’une démonstration de tir probante. Parallèlement, les autorités françaises évaluent minutieusement des solutions étrangères immédiatement disponibles, notamment le système HIMARS de Lockheed Martin, le lanceur PULS d’Elbit Systems, le système Chunmoo sud-coréen de Hanwha Aerospace ou encore le système indien Pinaka.

Un lanceur mobile optimisé pour la haute intensité

L’architecture opérationnelle de Thundart privilégie résolument la mobilité et la survivabilité. Le lanceur s’appuie sur un châssis 8×8 de Scania France, intégrant une tourelle dotée de fonctions de conduite de tir et transportant deux pods abritant quatre roquettes guidées chacun. Cette configuration ingénieuse permet un tir de salve complète de huit munitions avant repositionnement tactique, capacité vitale dans un environnement de haute intensité où la contre-batterie ennemie constitue la menace primordiale.

Le système bénéficie d’une remarquable capacité « shoot and scoot » permettant un engagement suivi d’un déplacement en l’espace de quelques minutes seulement. Cette agilité tactique remarquable, conjuguée à l’interopérabilité avec les réseaux de commandement numériques comme ATLAS (Artillery Tactical and Logistics System), positionne Thundart comme une réponse parfaitement adaptée aux exigences contemporaines du combat terrestre moderne.

Des perspectives d’exportation et d’évolution prometteuses

Au-delà des frontières nationales, MBDA et Safran entrevoient des débouchés export particulièrement significatifs. « Nous avons déjà des potentiels marchés exports conséquents, le marché de l’artillerie propulsée guidée étant en hausse constante », révèle Hugo Coqueret. La compatibilité MFOM (Multiple Launch Rocket System Family Of Munitions) n’est nullement exclue, ouvrant ainsi la voie à une utilisation sur les lanceurs américains M270 et HIMARS.

Les deux industriels projettent la création d’une co-entreprise destinée à porter les développements futurs, notamment des extensions de portée et l’exploration de nouveaux milieux d’emploi. Dans l’hypothèse où Thundart serait sélectionné, MBDA et Safran s’engagent à livrer une première capacité partielle dès 2029, devançant ainsi d’une année l’échéance officielle de 2030. Cette accélération pourrait s’avérer déterminante face à l’urgence opérationnelle exprimée par l’armée de Terre.

L’enjeu transcende largement la simple acquisition d’équipements militaires. Il s’agit pour la France de reconquérir une autonomie stratégique dans un domaine critique, tout en consolidant son écosystème industriel de défense face à une concurrence internationale toujours plus âpre. Le choix attendu avant l’été 2026 déterminera l’avenir de cette ambition souveraine.

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