Le 8 décembre, Jürgen Kerner, numéro deux d’IG Metall, a envoyé une lettre au ministère allemand de la Défense affirmant que son syndicat refusait de coopérer avec Dassault Aviation dans le cadre du SCAF, rapporte Zone Militaire. La formule est nette : « Nous sommes heureux de collaborer avec des entreprises françaises, mais pas avec Dassault. »
Dans ce courrier, IG Metall accuse l’industriel français de saper la coopération européenne pour des « raisons égoïstes ». Ce rejet frontal d’un acteur clé du projet révèle des tensions profondes au sein du partenariat trilatéral entre la France, l’Allemagne et l’Espagne.
Gouvernance contestée autour du ngf
Le nœud du problème réside dans la gouvernance du pilier central du SCAF : le NGF (New Generation Fighter), avion de combat de nouvelle génération. Bien que Dassault ait été désigné maître d’œuvre, l’industriel ne dispose que d’un tiers des droits décisionnels, contre deux tiers pour Airbus, présent via ses branches allemande et espagnole.
Éric Trappier, PDG de Dassault, dénonce ce déséquilibre depuis plusieurs mois. Il réclame un leadership clair sur l’architecture de l’avion et le choix des sous-traitants. Pour la France, certains impératifs sont non négociables : le futur chasseur doit pouvoir embarquer le missile nucléaire ASN4G et être opérationnel depuis un porte-avions, des capacités que seul Dassault peut garantir.
Les critiques s’accumulent en allemagne
La montée en tension ne se limite pas à IG Metall. Depuis l’été, les attaques publiques contre Dassault se multiplient outre-Rhin. Des voix au sein d’Airbus Defence, du Bundestag et même des médias spécialisés appellent à une refonte du partenariat ou envisagent un plan B sans la France.
En novembre, la fédération allemande de l’aéronautique, la BDLI, a accusé Dassault de bloquer le programme en insistant sur un contrôle exclusif de la conception. Elle a même évoqué un risque d’effondrement de la production allemande d’avions de chasse si la gouvernance n’évoluait pas en faveur de Berlin.
Pistorius joue l’apaisement, mais pose des limites
Face à l’escalade, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a tenté de temporiser. Lors d’un échange avec son homologue française Catherine Vautrin, il a reconnu que Dassault joue un rôle central dans le SCAF et que la France ne pouvait ignorer son principal industriel.
Mais il a aussi laissé entendre que le projet pourrait évoluer « dans une autre direction » si les désaccords persistent. L’Allemagne n’exclut plus une coopération renforcée avec la Suède ou le Royaume-Uni, ou même un développement autonome avec l’Espagne.
Vers un dénouement… ou un éclatement ?
Alors que les ministres de la Défense des trois pays partenaires doivent se réunir, le SCAF est à la croisée des chemins. Le projet à 100 milliards d’euros cristallise désormais des rivalités industrielles, politiques et nationales. Une sortie de crise semble possible, mais elle dépendra d’une reconfiguration de la gouvernance ou d’un compromis stratégique.
En l’état, ni Dassault ni Airbus ne semblent prêts à céder. Et IG Metall s’invite désormais comme acteur politique du dossier, capable de faire pencher la balance au sein du complexe militaro-industriel allemand.








