L’idée d’envoyer un avion en papier dans l’espace peut paraître saugrenu, mais c’est exactement ce que testent deux chercheurs de l’Université de Tokyo, Maximilien Berthet et Kojiro Suzuki. Leur étude, dont les résultats paraîtront dans la revue Acta Astronautica en novembre 2025, se penche sur le comportement aérien d’un avion en papier lancé depuis l’orbite de la Station spatiale internationale. À une altitude vertigineuse de 400 km, l’expérience pourrait bien ouvrir la voie à des innovations dans le domaine spatial, tout en abordant des inquiétudes environnementales de plus en plus signalées.
Détails techniques et résultats surprenants
Le coup de maître de l’expérience ? Un avion en papier classique, réalisé à partir d’une feuille A4 blanche, qui mesure 21 cm de large sur 29,7 cm de long. Pour gagner en stabilité, le modèle a reçu une petite modification avec l’ajout d’une queue en aluminium. Les chercheurs ont simulé son lancement depuis l’ISS à une vitesse impressionnante de 7 800 m/s, soit la vitesse orbitale de la station.
Les simulations ont révélé que l’avion parvenait à voler pendant environ 3,5 jours avant de plonger dans l’atmosphère terrestre. À partir de 120 km d’altitude, il commence à rencontrer des difficultés liées à l’augmentation de la densité de l’air, ce qui rend son vol incontrôlable. En parallèle, des tests en soufflerie hypersonique ont été réalisés avec une maquette réduite au tiers de la taille originale. Lors de ces essais, l’avion a tenu face à des rafales atteignant Mach 7 (environ 8 650 km/h) pendant 7 secondes. Même si le nez a un peu été déformé et que des traces de brûlure sont apparues sur les ailes, il n’a pas explosé sur le champ, ce qui laisse penser que sa désintégration se ferait en douceur.
Ce que ça peut changer pour nos missions spatiales
L’expérience ne se borne pas à prouver qu’un avion en papier peut tenir le choc des conditions extrêmes de l’espace. Elle ouvre aussi la porte à de grandes questions sur la durabilité et les répercussions environnementales des missions spatiales d’aujourd’hui et de demain. Le problème des débris spatiaux représente un sérieux risque de collision avec d’autres structures en orbite.
Pour y répondre, les chercheurs explorent plusieurs pistes, comme la propulsion spatiale innovante, pour limiter les résidus nuisibles lors de la rentrée atmosphérique des engins spatiaux. De plus, le recours à des voiles de freinage déployables pourrait accélérer la descente des satellites en fin de vie. « Un avion en papier, joué entre ces deux approches, pourrait offrir de nouvelles solutions pour une exploration spatiale plus en harmonie avec notre environnement », explique l’introduction de leur étude.
Retour sur l’histoire et les prochaines étapes
Cette recherche prolonge une série d’innovations autour des avions en papier. En 2018, une société avait intégré à ces avions un système de pilotage via smartphone pour rendre les modèles classiques interactifs. Deux ans auparavant, en 2016, un passionné avait conçu une machine entièrement construite en Lego capable de fabriquer ces avions de façon automatique.
Ces projets montrent comment des idées simples peuvent mener à des avancées technologiques impressionnantes. Les chercheurs espèrent que leur travail ouvrira la voie à l’utilisation de matériaux organiques dans la construction des structures spatiales : « Nous espérons que cette étude contribuera à développer de nouvelles voies pour l’utilisation durable des matériaux organiques dans les structures spatiales. »








