L’Union européenne a inscrit, le 18 juillet, deux banques chinoises sur sa liste noire dans le cadre de son 18ᵉ paquet de sanctions contre la Russie. Cette mesure inédite, révélée dans un communiqué officiel de la Commission, cible des établissements financiers accusés d’avoir « fourni des services de cryptoactifs qui contrecarrent de manière significative » les sanctions existantes contre Moscou.
Le motif invoqué ? Ces banques, basées en République populaire de Chine, auraient facilité des transactions via des cryptoactifs pour le compte de clients russes, court-circuitant ainsi les restrictions imposées par les Vingt-Sept. Cinq autres entreprises chinoises sont également visées par le même texte. Il s’agit d’un virage stratégique : jamais auparavant l’UE n’avait frappé des entités financières chinoises dans ses sanctions liées à la guerre en Ukraine.
Pékin dénonce une « grave atteinte aux relations économiques »
La réaction chinoise n’a pas tardé. Dès le 22 juillet, Wang Wentao, ministre du Commerce, a officiellement protesté auprès du commissaire européen Maroš Sefčovič. Selon le ministère chinois, « M. Wang a adressé des représentations solennelles concernant l’inclusion de deux institutions financières chinoises dans la 18e série de sanctions de l’UE contre la Russie », peut-on lire sur BFMTV. Dans un communiqué distinct publié la veille, Pékin accuse l’Union de « porter gravement atteinte aux liens commerciaux, économiques et financiers » sino-européens. La Chine promet de « prendre les mesures nécessaires pour protéger les droits et intérêts légitimes » de ses acteurs économiques.
Des sanctions européennes de plus en plus extraterritoriales
Ce nouveau volet de sanctions s’inscrit dans un cadre plus large : celui du durcissement progressif de la politique de l’UE envers les réseaux de contournement des mesures anti-russes. Le 18ᵉ paquet ne se limite pas à des banques. Il inclut aussi une nouvelle baisse du prix plafond du baril de pétrole russe transporté par la « shadow fleet » (47,60 dollars), et des mesures renforcées contre l’importation de biens à double usage.
Mais c’est bien la frappe sur le secteur financier chinois qui marque un précédent : c’est la première fois que des entités hors du territoire européen et russe sont directement pénalisées pour des activités liées aux cryptomonnaies dans le contexte de la guerre en Ukraine.
Bruxelles pointe du doigt une « complicité économique »
La justification politique de cette escalade est claire. Dans un entretien au Financial Times, Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie de l’UE, a accusé Pékin dans des propos rapportés par le Financial Times : « La Chine est le principal catalyseur de la guerre de la Russie en Ukraine ».
Cette affirmation est vigoureusement réfutée par les autorités chinoises, qui rejettent toute implication dans les manœuvres financières ou militaires de Moscou. Pour Pékin, il s’agit là d’un prétexte pour restreindre l’expansion économique chinoise sur le marché européen.
Un sommet sino-européen sous tension
Cette montée des tensions survient à la veille d’un rendez-vous diplomatique clé : Ursula von der Leyen et António Costa doivent se rendre à Pékin le 25 juillet pour une rencontre de haut niveau avec leurs homologues chinois.
Si les discussions porteront sur le commerce bilatéral, la chaîne d’approvisionnement mondiale et la guerre en Ukraine, peu d’observateurs s’attendent à des avancées concrètes. La décision du président Xi Jinping de ne pas se rendre à Bruxelles, malgré une invitation officielle de longue date, accentue encore le malaise.








