F-35 : la facture s’envole pour la Suisse, prise au piège d’un contrat flou

Un contrat censé être inaltérable. Un surcoût colossal révélé en catimini. Et une classe politique qui se renvoie la balle.

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F-35 : la facture s’envole pour la Suisse, prise au piège d’un contrat flou © Armees.com

La promesse était claire, le contrat réputé verrouillé. Mais aujourd’hui, c’est une toute autre réalité budgétaire qui se profile à Berne. L’achat des F-35 américains, pourtant validé par une votation populaire, pourrait coûter bien plus cher que prévu. Et personne ne semble vouloir en assumer la responsabilité.

F-35 : un « prix fixe » de 6 milliards de francs… devenu très incertain

La Suisse avait tranché. Le 27 septembre 2020, 50,1 % des électeurs suisses ont approuvé par référendum le principe de l’achat de nouveaux avions de combat. Le choix du modèle, le F-35A Lightning II de Lockheed Martin, n’a été annoncé que le 30 juin 2021, à l’issue d’un appel d’offres. À la clé : un contrat de six milliards de francs suisses, soit environ 6,18 milliards d’euros. Le Département fédéral de la défense, dirigé alors par Viola Amherd, l’avait martelé : ce prix serait fixe, encadré par les mécanismes du programme FMS (Foreign Military Sales) des États-Unis. C’était l’argument-phare du gouvernement pour convaincre une opinion divisée.
Mais dès 2021, le Contrôle fédéral des finances (CDF) exprimait son scepticisme. Il notait qu’« il n’existe pas de garantie juridique pour un prix fixe au sens d’un forfait », comme le rappelait La Tribune de Genève en juillet 2022. Cette mise en garde, ignorée à l’époque, revient aujourd’hui en pleine lumière.

C’est la télévision publique suisse SRF qui a jeté un pavé dans la mare, le 20 juin 2025. Selon ses informations, la facture pourrait grimper de 1,3 à 1,5 milliard de francs suisses supplémentaires. En euros, cela représente un surcoût potentiel d’environ 1,6 milliard. En cause ? Des hausses de coûts de production invoquées par les États-Unis. Washington affirme désormais qu’aucun prix fixe n’avait été formellement consenti.
La révélation est d’autant plus explosive que Viola Amherd était informée depuis l’été 2024. Elle aurait attendu décembre pour en aviser le Conseil fédéral. « Viola Amherd était au courant de ces coûts supplémentaires depuis l’été 2024, mais n’en a informé le Conseil fédéral qu’en décembre dernier », a rapporté le journaliste Beni Gafner, cité par la SRF.

Un moteur oublié et un contrat sous-évalué

Au-delà des coûts de production, un autre oubli pèse lourd : le moteur. La Suisse a commandé la version Block 4 du F-35A. Or, celle-ci exige une mise à niveau du moteur F135, indispensable pour activer ses 66 nouvelles fonctionnalités. Ce coût supplémentaire, non intégré dans les calculs initiaux, devra être assumé par la Confédération.
Le porte-parole d’Armasuisse, Kaj-Gunnar Sievert, a reconnu le 8 juillet 2024, à la SRF, que « le rééquipement des jets doit être payé par le commanditaire, c’est-à-dire le Département de la défense ». Une confirmation tardive, alors que Berne savait depuis 2021 que le Pentagone travaillait sur une évolution du moteur.

Aujourd’hui, le nouveau ministre de la Défense, Martin Pfister, assure encore que le contrat repose sur un prix fixe. Mais sa formulation est désormais conditionnelle. Devant le Parlement, le 17 juin 2025, il a déclaré : « Si la situation devait changer, nous vous en informerons ». Une réponse évasive, dans un climat de plus en plus tendu.
Deux réunions secrètes du Conseil fédéral ont eu lieu début 2025 pour aborder ce dossier devenu explosif, selon la SRF. La pression est d’autant plus forte que d’autres pays, comme le Canada, ont eux aussi vu la facture de leurs F-35 exploser. La vérificatrice générale Karen Hogan a révélé que les coûts estimatifs canadiens avaient bondi de 46 % entre 2022 et 2024

1 réflexion au sujet de « F-35 : la facture s’envole pour la Suisse, prise au piège d’un contrat flou »

  1. Souvenez vous. Quand Biden est passé, la Suisse a retourné sa veste et a invoqué un prix inférieur de 2 milliards de dollars par rapport au deuxième concurrent. Moins cher à l’achat et moins cher à l’usage, uniquement d’après les informations fournies par Looked Martin sans aucune vérification grace aux simulateur F-35 qui font économiser des heures de vols. C’est un comparatif imparable. Des heures de vols F-35 avec simulateur moins chères contre des heures de vols Rafale, Typhoon, Gripen sans simulateurs. D’après les Suisses en Europe on n’a pas de simulateurs de vol chez Dassault, chez Airbus ou Saab car on ne sait pas en faire. D’autre part les résultats des tests d’évaluation technique des avion ont été perdus. Quand la corruption provoque un tel niveau de stupidité dans le gouvernement suisse. Et résultats des courses, les 2 milliards d’économies viennent de s’envoler par magie par décision unilatérale des États-Unis. Un tel niveau de naïveté et d’incompétence chez nos voisins helvètes amènent à se poser des questions. Rendront ils des comptes aux contribuables suisses. Mais ça c’est un point commun avec beaucoup de nos gouvernants. Responsables mais pas coupables, incompétents mais pas responsables, cyniques, menteurs tricheurs mais jamais responsables, ne jamais rendre de comptes.

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