« POLAD » : une fonction stratégique au cœur de l’opération Barkhane

Pendant deux ans, au cœur de l’opération Barkhane, une femme civile a occupé un poste central du dispositif militaire français : POLAD, conseillère politique du commandement. Dans un témoignage rare, Bérangère Rouppert lève le voile sur cette mission invisible, indispensable et sous tension.

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« POLAD » : une fonction stratégique au cœur de l’opération Barkhane © Armees.com

POLAD, publié le 15 mai 2025, est une aventure vécue de l’intérieur. L’autrice, Bérangère Rouppert, y raconte ses vingt-quatre mois auprès des généraux de Barkhane, immergée dans la coordination politico-militaire de l’une des opérations les plus complexes et sensibles de la Ve République.

Une fonction méconnue mais centrale dans les OPEX

Le POLAD – pour Political Advisor – est un maillon crucial de la chaîne de commandement. Son rôle : éclairer le COMANFOR (commandant de la force) sur les enjeux politiques et diplomatiques, dans un théâtre d’opérations marqué par les ambiguïtés des alliances locales, les attentes contradictoires des capitales, et l’instabilité stratégique permanente. « Le POLAD fait le lien entre le politique, le diplomatique et l’opérationnel. » précise l’autrice.

Ce poste existe dans toutes les OPEX d’envergure, mais reste souvent dans l’ombre. La France n’ayant pas encore défini de doctrine claire pour cette fonction, sa légitimité repose souvent sur la personnalité de la personne qui l’occupe. Et c’est là que le profil de Bérangère Rouppert interpelle.

Une experte civile choisie par l’armée

Ni diplomate, ni militaire, Rouppert est issue du monde de la recherche stratégique. Spécialiste du Sahel, docteure en relations internationales, cofondatrice du réseau 2R3S, elle s’est imposée par sa capacité d’analyse et sa connaissance fine du terrain. Sa nomination à Barkhane, en 2017, n’a pas été un choix administratif. Elle a été voulue par les généraux, contre les usages classiques.

« J’étais la candidate d’un camp qui militait pour un POLAD-expert, formé à la planification, non bridé dans sa pensée. » raconte Bérangère.

En tant que Polad elle devait anticiper les conséquences politiques des opérations, identifier les signaux faibles sur le terrain, relayer les lectures diplomatiques tout en alertant sur les limites des narratifs officiels. Un équilibre délicat, d’autant plus quand la parole politique est en tension avec la réalité opérationnelle.

Barkhane de l’intérieur : tensions, silences, décisions

L’ouvrage ne se contente pas de rappeler le cadre stratégique de Barkhane. Il montre la guerre telle qu’elle s’articule dans un état-major : rapports hiérarchiques, ambiguïtés tactiques, chaînes de validation, mais aussi rituels, fraternité, douleur des pertes. Rouppert évoque aussi les silences institutionnels : les blessés invisibles, les décisions non assumées, les limites de la coordination interministérielle. « La guerre ne se gagne pas sur ce qui est, mais sur ce qui est perçu. » transmet-t-elle.

C’est une plongée sans filtre dans un théâtre d’opérations saturé d’enjeux contradictoires. Ce n’est pas l’armée qu’elle décrit, mais le flou stratégique dans lequel on la laisse parfois manœuvrer.

À lire pour comprendre la guerre au XXIe siècle

Polad est un texte dense, informé, à la croisée du militaire et du politique. Il offre une perspective rare sur la stratégie française au Sahel, et sur la nécessité d’adapter sans cesse nos opérations extérieures. Mais c’est aussi un hommage à ceux qui, sur le terrain, servent avec rigueur, loyauté et humanité.

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