Des entreprises venues du monde entier convergeront au Salon du Bourget 2025, rendez-vous majeur de l’industrie aéronautique. Une présence annoncée cristallise pourtant les tensions et ravive des débats diplomatiques, judiciaires et politiques à l’échelle nationale comme internationale.
Le Salon international de l’aéronautique et de l’espace du Bourget, prévu du 16 au 22 juin 2025, s’annonce déjà comme l’un des plus scrutés de la décennie. En cause : la confirmation de la participation d’entreprises israéliennes de défense, sur fond de guerre à Gaza et de tensions diplomatiques croissantes. Ce choix assumé par les organisateurs a conduit à des procédures et des tensions en France, comme en 2024.
Bourget 2025 : la défense israélienne confirmée malgré les pressions
Au début du mois de juin 2025, les organisateurs du Salon du Bourget ont officiellement confirmé que plusieurs entreprises israéliennes, dont Elbit Systems et Rafael Advanced Defense Systems, exposeraient leurs innovations dans les halls du parc des expositions. Cette décision est intervenue malgré les demandes de retrait portées par des associations et des élus, qui dénoncent l’implication de ces sociétés dans des programmes militaires jugés controversés.
Selon un article publié par i24NEWS, aucune interdiction n’a été émise par le ministère français des Armées, l’organisateur principal du salon. Le média confirme même que des déplacements sont en cours d’organisation chez les industriels israéliens du secteur. D’ailleurs, le site internet de Rafael confirme toujours sa présence sur le salon. La position adoptée reste celle de la neutralité commerciale, considérant que le Salon du Bourget est un espace de présentation industrielle, non un instrument diplomatique.
Avant l’annonce : une offensive diplomatique entre Paris et Tel-Aviv
Quelques jours plus tôt, le 3 juin 2025, France 24 relatait l’intensification d’un bras de fer diplomatique entre la France et Israël. Le président Emmanuel Macron, qui semble vouloir la reconnaissance d’un État palestinien, coorganise un sommet onusien du 17 au 20 juin 2025 à Genève. Cette initiative a été violemment critiquée par Israël, qui l’a qualifiée de « croisade contre l’État juif ».
Dans une déclaration officielle relayée par les médias israéliens, le ministère des Affaires étrangères d’Israël a estimé que « les faits ne semblent pas intéresser M. Macron » et a qualifié de « mensonge flagrant » l’existence d’un blocus humanitaire à Gaza. Ce contexte diplomatique a donné une résonance particulière à la présence israélienne sur le sol français, lors d’un événement aussi symbolique que stratégique.
La contestation politique monte depuis la Seine-Saint-Denis
Le 20 mai 2025, une tribune publiée par Libération révélait l’intervention d’un collectif d’élus socialistes du département de la Seine-Saint-Denis. Dans une lettre adressée à la préfecture, les signataires réclamaient l’exclusion des entreprises israéliennes du salon. Ils évoquaient une contradiction manifeste entre la position diplomatique affichée par le chef de l’État et l’accueil d’acteurs liés à des opérations militaires controversées. Du jamais vu. Pour la première fois, une partie du monde politique local prenait formellement position contre une décision relevant des autorités centrales. Les élus dénonçaient une forme de dissonance politique au plus haut niveau de l’État.
Quelques jours plus tôt encore, le 23 mai 2025, Le Monde rapportait que plusieurs associations, dont Stop Arming Israel et l’Observatoire des armements, avaient engagé une procédure en référé contre le Salon du Bourget. L’objectif : obtenir la suspension de la participation d’entreprises israéliennes impliquées, selon elles, dans « des violations graves du droit international humanitaire ».
Dès le mois d’avril 2025, La Cimade publiait un appel intitulé « Non à la participation d’Israël au Salon du Bourget 2025 ». Plus de trente organisations, parmi lesquelles l’Union Juive Française pour la Paix, le Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens, ou encore la Ligue des droits de l’Homme, s’y associaient. Selon l’appel, la présence israélienne constituerait une « caution accordée à des crimes de guerre », à rebours des valeurs que la France affirme défendre sur la scène internationale.








