Dans un entretien accordé au Financial Times, le 13 mars, le président polonais Andrzej Duda a déclaré sa volonté d’accueillir des armes nucléaires américaines sur le sol polonais. Ce virage stratégique s’inscrit dans une escalade militaire amorcée dès 2022 par Varsovie, et relance le débat sur l’équilibre sécuritaire à l’est de l’Europe. La Pologne s’affirme ainsi comme un acteur clé dans la redéfinition des rapports de force face à la Russie.
La Pologne muscle son armée
Avant de songer à l’atome, Varsovie a d’abord transformé son appareil militaire en machine de guerre moderne. Et pas à moitié. En 2025, le Premier ministre Donald Tusk a annoncé un programme ambitieux visant à former jusqu’à 100.000 volontaires par an d’ici 2027. « Nous devons construire une armée de facto de réservistes », a-t-il martelé le 11 mars 2025 dans une déclaration relayée par Le Figaro.
L’objectif ? Consolider la troisième armée de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Le programme s’adresse aux Polonais de 18 à 60 ans et inclut des formations de base d’un mois, suivies de spécialisations prolongées. Dans une Europe où les États-Unis se font de plus en plus distants, la Pologne a fait le choix de l’auto-défense maximale. En y consacrant 4,7 % de son produit intérieur brut, elle devance tous ses partenaires de l’Alliance, sauf Washington et Ankara.
Pologne, une obsession nucléaire comme réponse à la Russie
Le président Duda a officiellement exprimé son souhait d’intégrer la Pologne au programme de partage nucléaire de l’OTAN. Il l’a déclaré sans détour dans le Financial Times, repris le 27 mars 2025 par Le Figaro : « Les frontières de l’Otan ont été déplacées vers l’est en 1999, donc vingt-six ans plus tard, il devrait y avoir un transfert de son infrastructure vers l’est. » Il a ajouté : « La situation serait plus sûre si ces armes étaient déjà ici. »
À Varsovie, cette revendication s’appuie sur un contexte géostratégique inquiétant. Depuis 2023, Moscou a installé des armes nucléaires tactiques en Biélorussie, à quelques kilomètres de la frontière polonaise. De plus, Kaliningrad reste un bastion atomique menaçant. Le message est clair. Si Vladimir Poutine pousse ses pions, la Pologne entend riposter, y compris sous le parapluie nucléaire américain.
Et si la Pologne fabriquait sa propre arme nucléaire ?
C’est peut-être la partie la plus explosive du dossier. Selon Les Échos, le Premier ministre Donald Tusk est allé plus loin que le président Andrzej Duda. Il a exprimé, la semaine précédant le 13 mars 2025, sa volonté de voir son pays développer son propre arsenal nucléaire. Une bombe diplomatique.
Et un pari risqué. Car en rompant avec le tabou tacite qui exclut les ex-pays soviétiques du nucléaire OTAN, la Pologne provoquerait une onde de choc dans toute l’Europe. L’expert Etienne Marcuz alerte : « Il a une crédibilité aujourd’hui quasi nulle », parlant du parapluie américain. Selon lui, la déclaration de Donald Tusk est surtout une pression adressée à Washington : « Réaffirmez votre protection ou bien nous serons obligés de nous doter. »
Le parapluie français en renfort ?
Dans ce climat de défiance vis-à-vis de Washington, notamment depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la France d’Emmanuel Macron tente une percée. Le président français a proposé d’étendre le parapluie nucléaire français à l’Europe. Initiative saluée à la fois par Andrzej Duda et Donald Tusk. Mais pas sans conditions. Varsovie réclame d’être associée à toute décision de tir, ce que Paris refuse catégoriquement. Un seul doigt sur le bouton, insiste l’Élysée.








