Israël vient de créer une nouvelle administration. Officiellement, elle facilite le « départ volontaire » de Palestiniens vers des pays tiers. Officieusement, la manœuvre soulève de lourds soupçons. Objectif humanitaire ou stratégie de transfert déguisée ?
L’annonce est tombée le 23 mars 2025. Derrière la terminologie feutrée se cache un projet explosif. Et pour cause : il touche au nerf de la guerre, la présence même des Palestiniens dans Gaza.
Une nouvelle administration sous haute tension par Israël
Selon le ministère israélien de la Défense, le cabinet de sécurité a approuvé la création d’une « administration spéciale » pour organiser le départ volontaire de Palestiniens de Gaza vers des pays tiers. Ce nouvel organe, placé sous l’autorité directe d’Israël Katz, ministre de la Défense, pourra coopérer avec des organisations internationales afin de garantir un passage « sécurisé » aux Gazaouis. Aucun pays d’accueil n’a encore été mentionné.
Cette mesure a été évoquée dès le 9 mars 2025 par Bezalel Smotrich, ministre des Finances, qui avait affirmé que le plan se construisait « en coordination avec l’administration américaine » et nécessitait d’« identifier les pays » susceptibles d’accepter ces déplacés.
L’initiative intervient alors que l’armée israélienne a repris ses opérations de grande ampleur dans la bande de Gaza, le mardi précédent, rompant le cessez-le-feu en vigueur depuis le 19 janvier 2025. Ce territoire, contrôlé par le Hamas depuis 2007, est pilonné sans relâche depuis l’attaque massive lancée contre Israël le 7 octobre 2023.
Dans ce contexte, parler de départ « volontaire » semble assez illusoire. Gaza n’est pas un territoire libre. C’est une zone de guerre, coupée de l’extérieur et vidée de toute infrastructure stable. L’idée d’une évacuation paisible pose donc une question fondamentale : peut-on parler de choix libre dans une enclave assiégée, sous feu constant, et déjà confrontée à une importante crise humanitaire ?
Une logique de guerre, pas de paix
L’ONG israélienne La paix maintenant ne mâche pas ses mots : elle dénonce une administration « chargée d’expulser les Palestiniens de Gaza », fustigeant un gouvernement « qui a perdu toute orientation et toute logique ». Elle accuse directement Israël de « reconnaître commettre des crimes de guerre », ajoutant que cette décision laissera « une tache indélébile sur l’État israélien » (communiqué, 24 mars 2025).
Cette déclaration fait écho à une inquiétude de plus en plus répandue : celle d’un transfert forcé déguisé. Derrière la façade administrative, certains voient une politique visant à réduire durablement la population palestinienne dans Gaza.
Pour Israël, cette administration se veut une réponse à une impasse stratégique. Face à un ennemi enraciné, difficile à déloger, vider le terrain civil pourrait apparaître comme un levier militaire. Mais cette approche fragilise encore davantage toute perspective de sortie politique au conflit.
Le flou autour des pays d’accueil, la nature contrainte des départs et le lien explicite avec les intérêts américains, mentionnés par Israël Katz en référence au souhait du président Donald Trump, confirment que cette initiative dépasse le cadre humanitaire.








