Depuis son premier vol en 2006, le F-35 s’est imposé comme l’un des chasseurs les plus avancés de son époque. Son développement, mené par Lockheed Martin, visait à fournir un appareil capable d’exceller aussi bien en combat aérien qu’en missions d’attaque au sol. Si l’avion est principalement conçu pour l’engagement à distance, il reste équipé d’un canon interne sur sa version F-35A, tandis que les variantes F-35B et F-35C nécessitent un pod externe.
Ce choix étonne certains spécialistes, convaincus que l’ère du combat rapproché est révolue. À l’inverse, d’autres rappellent que les leçons de l’histoire militaire montrent que la supériorité technologique ne suffit pas toujours face à l’imprévisibilité du combat aérien. Le F-35 aurait-il encore besoin d’une mitrailleuse pour survivre dans le ciel du XXIᵉ siècle ?
Le retour d’expérience du passé : l’échec du F-4 Phantom II
Durant la guerre du Vietnam, l’US Air Force et l’US Navy ont misé sur une nouvelle génération d’avions dépourvus de canons, en partant du principe que les missiles guidés suffiraient à abattre les cibles ennemies. Le F-4 Phantom II, conçu sans mitrailleuse, incarnait cette vision. Or, les pilotes américains se sont rapidement retrouvés en difficulté face aux MiG-21 nord-vietnamiens, bien plus maniables et équipés de canons.
Les engagements à courte distance étaient bien plus fréquents que prévu, et l’absence d’une arme de dernier recours s’est révélée être un handicap stratégique. Résultat : les modèles ultérieurs du F-4 ont été équipés d’un canon interne, et l’US Air Force a révisé sa doctrine. C’est cette leçon qui a conduit les concepteurs du F-35A à intégrer un canon GAU-22/A de 25 mm, explique The National Interest.
Un avion conçu pour le combat à distance, mais pas seulement
Le F-35 se distingue par ses capacités furtives et son avantage informationnel. Il est équipé d’un système de fusion des capteurs avancé qui permet aux pilotes d’identifier et d’engager les menaces avant même d’être détectés. Ce concept repose sur la doctrine du « first look, first shot, first kill » (voir en premier, tirer en premier, tuer en premier).
Dans ce contexte, l’usage du canon semble anachronique. Un haut gradé de la Royal Air Force britannique, Jim Beck, a récemment déclaré que « les jours du canon sont probablement révolus pour la manière dont nous combattons », relate Janes. Selon lui, le combat aérien moderne se joue davantage dans la capacité à collecter des informations et à neutraliser l’ennemi avant que celui-ci ne devienne une menace immédiate.
Cependant, le canon du F-35 présente un atout non négligeable : il offre une option d’engagement à coût réduit. L’utilisation de missiles coûteux comme l’AIM-120 AMRAAM (plusieurs centaines de milliers d’euros par tir) n’est pas toujours justifiée face à certaines cibles, notamment des drones ou des hélicoptères ennemis. Dans ce cadre, le canon reste une solution pragmatique.
Une nécessité pour l’appui au sol ?
Le canon du F-35 constitue aussi un outil précieux pour l’appui aérien rapproché. Sur le théâtre d’opérations, la précision d’une mitrailleuse embarquée permet d’engager des cibles au sol sans risquer de lourds dommages collatéraux, contrairement aux missiles et aux bombes guidées. C’est particulièrement utile dans des missions où la proximité des troupes alliées impose une frappe chirurgicale.
Les avions A-10 Thunderbolt II, spécialisés dans l’appui au sol, sont appréciés pour leur canon de 30 mm, qui reste un élément essentiel de leur arsenal. Le F-35 ne vise pas à remplacer totalement ces appareils, mais l’intégration d’une mitrailleuse sur sa version F-35A lui permet d’assurer un rôle polyvalent sur les champs de bataille modernes.
Le débat sur l’utilité du canon du F-35 oppose les tenants de la guerre à distance et ceux qui rappellent que l’histoire prouve l’importance du combat rapproché. Si le F-35A dispose d’un canon intégré, le F-35B et le F-35C, eux, nécessitent un pod externe, que certaines armées – comme la Royal Air Force britannique – ne comptent même pas acquérir. En fin de compte, la question n’est pas tant de savoir si le canon est indispensable, mais plutôt s’il offre une flexibilité tactique suffisante pour justifier son maintien.ontinuera probablement à façonner l’avenir de l’aviation militaire.








