Pompéi : une analyse ADN remet en question les liens familiaux des victimes du Vésuve

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Pompéi : une analyse ADN remet en question les liens familiaux des victimes du Vésuve © Armees.com

Pendant des siècles, les moulages des victimes de l’éruption de 79 après J.-C. ont incarné la tragédie de Pompéi. Observés comme des instantanés figés de la catastrophe, ils ont nourri des récits poignants sur des familles ensevelies ensemble, des amants trouvant la mort dans les bras l’un de l’autre, ou des enfants agrippés à leurs parents dans leurs derniers instants. Mais ces images sont-elles exactes ? Une étude ADN publiée en novembre 2024 vient d’inverser la perspective.

Le 7 novembre 2024, une équipe internationale de chercheurs a dévoilé des résultats inattendus dans la revue Current Biology. Ces travaux révèlent que plusieurs victimes de l’éruption du Vésuve, autrefois identifiées comme des parents, des couples ou des membres d’une même famille, n’avaient en réalité aucun lien de parenté. Plus encore, ces analyses génétiques confirment que la population pompéienne était bien plus diversifiée qu’on ne l’imaginait, issue d’un brassage culturel s’étendant jusqu’au Levant et à l’Afrique du Nord.

Des identités réinterprétées : L’ADN contre l’illusion des moulages

Les moulages des victimes de Pompéi ont façonné l’imaginaire collectif depuis le XIXe siècle. Mais ces figures de plâtre, reconstituées à partir des cavités laissées par les corps sous la cendre, ont aussi induit des interprétations erronées.

L’un des cas les plus emblématiques concerne un adulte portant un bracelet d’or et tenant un enfant sur ses genoux. Pendant des décennies, les archéologues ont supposé qu’il s’agissait d’une mère et de son enfant. L’ADN démontre aujourd’hui que l’adulte était un homme sans lien de parenté avec l’enfant. Une autre scène, où deux victimes avaient été interprétées comme une mère et sa fille ou comme deux sœurs, s’est également révélée inexacte : l’un des individus était en réalité un homme.

Pompéi, un carrefour du monde antique

Les révélations de cette étude ne s’arrêtent pas là. L’analyse ADN des victimes met en évidence une diversité ethnique bien plus importante que ce que l’on croyait. Contrairement aux idées reçues, les Pompéiens n’étaient pas uniquement d’origine italienne. L’ADN de plusieurs individus montre des ascendants venus du Levant, de la Méditerranée orientale et d’Afrique du Nord. Pompéi était donc une ville cosmopolite, influencée par les échanges commerciaux et les mouvements de population caractéristiques de l’Empire romain. Loin de l’image d’une cité isolée ensevelie sous les cendres, Pompéi apparaît désormais comme un point d’ancrage d’un réseau commercial reliant plusieurs cultures et civilisations.

Selon Alissa Mittnik, co-auteure de l’étude et généticienne à Harvard citée par Associated Press, ces résultats rappellent que l’archéologie, même lorsqu’elle s’appuie sur des traces physiques, reste vulnérable aux biais interprétatifs. Elle souligne l’importance d’intégrer l’ADN ancien et d’autres analyses scientifiques pour éviter de reproduire des erreurs ancrées dans l’imaginaire collectif.

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