Turquie : une inscription phrygienne vieille de 2 600 ans enfin déchiffrée

L’Arslan Kaya, ou « Rocher du lion », est un monument sculpté dans une formation rocheuse située à l’ouest de la Turquie.

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Turquie : une inscription phrygienne vieille de 2 600 ans enfin déchiffrée © Armees.com

Depuis plus d’un siècle, un texte gravé sur un ancien monument turc intriguait les archéologues. Difficilement lisible et altérée par le temps, cette inscription phrygienne résistait aux tentatives de déchiffrement. Mais grâce à une nouvelle approche, des chercheurs viennent enfin de percer son secret.

Un texte gravé dans la pierre depuis 2 600 ans

L’Arslan Kaya, ou « Rocher du lion », est un monument sculpté dans une formation rocheuse située à l’ouest de la Turquie. Ce site archéologique, découvert en 1884, fascine les chercheurs depuis des décennies. Il arbore des reliefs spectaculaires de sphinx et de lions, ainsi qu’une niche centrale qui, selon les experts, abritait une figure divine.

À la base du monument, une inscription en langue phrygienne avait été repérée, mais son état de dégradation empêchait toute lecture précise. Des philologues du XIXe siècle avaient tenté de reconstituer le texte, proposant certaines lettres, mais sans certitude. Ce n’est qu’en 2024, grâce aux travaux du professeur Mark Munn de l’Université d’État de Pennsylvanie, que l’inscription a pu être entièrement décodée.

Une avancée grâce à une technique d’éclairage optimisée

Le secret du déchiffrement repose sur un facteur inattendu : l’orientation de la lumière. Munn et son équipe ont photographié l’inscription au lever du soleil, un moment où les ombres projettent un relief plus marqué sur la pierre, explique The Independent. Cette méthode a permis de distinguer des caractères phrygiens auparavant invisibles.

En comparant ces nouvelles images avec d’anciennes photographies du XIXe siècle, les chercheurs ont pu confirmer que l’inscription mentionnait le nom « Materan », en référence à la Mère des dieux, une divinité majeure du panthéon phrygien. Ce terme avait déjà été supposé par le philologue allemand Alfred Körte, mais il manquait des preuves solides pour valider cette hypothèse.

La mention de Materan confirme l’importance du culte de la Mère des dieux en Phrygie, une région historique de l’Anatolie. Ce culte, qui remonte à environ 1 200 avant notre ère, était central dans la spiritualité phrygienne et lydienne. On sait que cette divinité a été assimilée par les Grecs sous le nom de Cybele, et par les Romains sous le titre de Magna Mater. Une nouvelle preuve des liens culturels entre les Phrygiens, Lydiens, Grecs et Romains, qui partageaient une vénération commune pour cette divinité maternelle.

Une datation confirmée : VIe siècle avant notre ère

L’étude des caractères et du style d’écriture a permis de dater l’inscription au premier tiers du VIe siècle avant notre ère. À cette époque, la Lydie, un royaume puissant situé en Anatolie occidentale, dominait la région phrygienne. Il est donc probable que l’inscription ait été commandée par un souverain lydien pour marquer son attachement à cette divinité. La présence de points utilisés comme séparateurs de mots, une caractéristique typique de l’écriture phrygienne, a permis d’authentifier le texte comme une inscription rituelle dédiée à Materan.

Une découverte qui clôt un débat vieux de 140 ans

Bien que cette découverte soit majeure pour l’histoire de la Phrygie, certains spécialistes, comme Rostyslav Oreshko de l’École Pratique des Hautes Études en France, estiment qu’elle ne fait que confirmer ce que les chercheurs supposaient déjà depuis le XIXe siècle, rappelle TrustMyScience. L’inscription de l’Arslan Kaya, désormais pleinement déchiffrée, témoigne du rôle prépondérant de Materan, la Mère des dieux, dans les croyances antiques.

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