De nouvelles dépendances émergent dans un monde plus complexe et plus stressé que jamais. Qu’il s’agisse d’aliments, d’achats compulsifs, de l’Internet ou du sexe, de plus en plus de personnes se livrent à des activités qui, lorsque pratiquées avec modération, sont agréables, inoffensives et même vitales mais qui peuvent, dans les cas extrêmes, entraîner des problèmes personnels, professionnels et familiaux aussi graves qu’une dépendance à la drogue ou à l’alcool.
Il existe une grande controverse en ce qui concerne le classement des comportements comme étant des dépendances dans le vrai sens du terme. Le jeu pathologique est un exemple de problème sérieux. Il existe de plus en plus de preuves attestant que le jeu produit dans le cerveau les mêmes réactions que la cocaïne - et que le sevrage et la rechute (retour au comportement problématique) sont identiques à ceux observés dans les dépendances à la drogue et à l’alcool. Autrement dit, la dépendance au jeu est aussi forte et difficile à abandonner que la dépendance à l’alcool, au tabac ou à la drogue. Il existe des histoires déchirantes où des joueurs compulsifs ont tout perdu - leur famille, leur maison, leur emploi et toutes leurs économies. Il existe, un peu partout, des groupes de joueurs compulsifs anonymes par exemple, qui fonctionnent sur le même principe que les alcooliques anonymes, ainsi que des services d’écoute téléphonique pour joueurs compulsifs. Les casinos affichent les numéros sans frais de ces ressources, non seulement parce qu’ils y sont obligés par la loi dans certains pays, mais aussi parce que les casinos eux-mêmes reconnaissent les conséquences dévastatrices du jeu sur les personnes, les familles et les collectivités.
Voici où se situe la difficulté : pour la plupart des gens, ces activités n’entraîneront jamais un problème pouvant être identifié comme une dépendance ; cependant, pour un petit pourcentage d’entre eux, c’est ce qui se produit. Comment savoir si votre désir d’acheter, de travailler, de naviguer sur Internet, de faire du sport ou de manger du chocolat est relativement inoffensif ou s’il s’agit d’une envie irrépressible mais rare, d’un plaisir occasionnel, ou si c’est beaucoup plus : une compulsion ou une dépendance qui pourrait causer des ravages dans votre vie personnelle et professionnelle ou dans la vie d’une personne que vous aimez ?
Il est reconnu que six à dix pour cent des utilisateurs des services en ligne ont une dépendance à l’égard du Web et que près de la moitié d’entre eux visitent des sites pornographiques.
Estimation des dépendances par rapport à la population globale :
8 à 10 % des personnes auraient une dépendance à l’alcool ou à une substance chimique ;
1,5 à 3 % seraient des joueurs compulsifs ;
1 à 3 % seraient des gros mangeurs ;
5 % seraient obsédés par le sexe ;
2 à 8 % seraient des acheteurs compulsifs.

En plus du petit nombre de personnes et de la misère humaine que ces chiffres représentent, il existe aussi des tendances concernant les personnes plus susceptibles de connaître un problème de compulsion ou de dépendance - mais jusqu’à quel point ? Les acheteurs impulsifs ou compulsifs ont une démographie similaire à celle des gros mangeurs. Près de 90 pour cent sont des femmes, et elles risquent davantage de souffrir de troubles d’anxiété et d’une faible estime de soi que les personnes considérées comme étant des acheteurs normaux. Elles sont aussi plus impulsives que la moyenne et ont tendance à être perfectionnistes. Chez les acheteurs compulsifs, l’acte semble renforcer leur estime de soi et réduire leur anxiété, tout comme les aliments serviront de réconfort au gros mangeur.

D’autre part, les personnes souffrant d’une dépendance à l’Internet présentent plus de variété, comme l’Internet lui-même. Les personnes qui participent à des activités sexuelles en ligne sont souvent introverties et souffrent d’une grande anxiété sociale. Pour elles, les forums et autres formes de sexe sur Internet sont sans risque et ces rencontres, qui ne requièrent aucune interaction sociale, éliminent toute possibilité de rejet, de responsabilisation ou de révélation de soi. Les dépendances générées par la technologie peuvent aussi comprendre les jeux vidéo, la spéculation et les opérations boursières ainsi que les achats en ligne (y compris l’usage compulsif des sites de ventes aux enchères en ligne). Alors que l’on pensait que cette dépendance affectait principalement des hommes plutôt jeunes, le nombre de femmes croît rapidement et elles représenteraient maintenant près de la moitié des accros de l’Internet.
Les femmes seraient en ligne plus souvent que les hommes.
50 % des personnes en ligne mentiraient au sujet de leur âge, de leur poids, de leur emploi, de leur situation familiale et de leur sexe.
20 % des personnes qui utilisent l’Internet en ressentiraient clairement les effets négatifs dans leur vie.
L’usage de l’Internet est un problème croissant et il pourrait être l’un des éléments responsables de près de
50 % de tous les problèmes familiaux et relationnels.

Parmi les nombreuses conséquences de l’utilisation abusive de l’Internet, celles indiquées ci-dessous sont les plus courantes, et elles sembleraient s’appliquer aussi bien à d’autres nouvelles dépendances. Lorsqu’une personne s’engage de plus en plus dans un comportement compulsif, elle connaîtra souvent :
un plus grand sentiment d’isolement ;
une interaction sociale moins fréquente ;
un moins grand souci de son hygiène personnelle ;
des difficultés juridiques et financières ;
des changements dans ses habitudes alimentaires et de sommeil ;
une plus grande irritabilité ;
une réticence à modifier son comportement compulsif, malgré les répercussions clairement négatives qui affectent sa vie et celles des personnes qu’elle aime.
Voici un test rapide qui vous permettra de déterminer si vous contrôlez votre comportement ou s’il est compulsif :
1. Lorsque vous la pratiquez, cette activité vous aide-t-elle à vous sentir mieux ?
2. Êtes-vous plus enclin à pratiquer cette activité lorsque vous vous sentez stressé, anxieux, triste, déprimé ou seul ?
3. Pratiquez-vous cette activité de plus en plus souvent ? Avez-vous besoin de la pratiquer plus souvent ou plus longtemps pour en tirer le même plaisir ou la même satisfaction ?
4. Pratiquez-vous cette activité même lorsque vous devriez faire autre chose ? Négligez-vous votre travail, votre famille ou vos amis afin de pratiquer cette activité ?
5. Vous est-il arrivé d’essayer de réduire cette activité, sans vraiment le vouloir ou le pouvoir ? Vous arrive-t-il de cesser pour un certain temps et de recommencer après une courte période d’abstinence ?
6. Essayez-vous de cacher à votre conjoint, aux membres de votre famille ou à vos amis votre pratique de cette activité, ses conséquences ou sa fréquence ?
Si vous avez répondu « oui » à l’une ou l’autre de ces questions, votre accoutumance pourrait vous nuire beaucoup plus que vous aider. Cependant, vous n’êtes pas seul et vous pouvez obtenir de l’aide.
Reconnaître le problème est déjà un premier pas dans la bonne direction. Si votre famille et vos amis expriment des préoccupations ou si - après avoir honnêtement répondu à ce questionnaire d’autoévaluation - vous pensez avoir un comportement à risque, demandez de l’aide. Un clinicien ou un professionnel de la santé possédant une formation dans l’évaluation et le traitement de ces problèmes peut vous offrir des soins attentionnés, confidentiels et efficaces.
Source : Le Groupe Shepell
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