L’ambiance n’est pas terrible, jamais les militaires ne se sont sentis autant discrédités par un président de la République. Un ressenti dont l’ampleur est exceptionnelle à la veille d’un 14 juillet porteur de mauvaises nouvelles.
Carte militaire discutée. Réintégration à l’OTAN sans éclaircissement. Stratégie revisitée. Moral plombé par des propos présidentiels acides envers les militaires. Moral plombé par la démission du général Cuche pour l’armée de terre. Un président qui, en visite au Liban, ignore les militaires français de la FINUL.
Bref, l’impression brouillonne demeure même si, le premier orage passé, le Livre blanc correspond bien à notre situation nationale c’est-à-dire celle d’une nation qui, désormais, devra compter chaque sou. L’absence de pédagogie pour expliquer les mesures y est certainement pour quelque chose.
Chercher la croissance avec les dents est une chose, planter ces mêmes dents dans la nuque des militaires en est une autre, et c’est bien ce que ressent l’institution aujourd’hui.
Il ne faudrait pas que le mal se propage et, de ce point de vue, le président ferait bien de changer de registre. Le temps du petit doigt sur la couture du pantalon semble révolu et, de ce point de vue, il conviendrait de définir, pour les militaires, de nouvelles règles d’expression au sein de l’institution.
Les militaires ont l’impression que le Livre blanc n’est qu’un leurre pour masquer les problèmes économiques et que les visions stratégiques développées sont du second plan. Une anecdote (vue à la TV) : le président visite une unité, s’arrête devant un drone, et, caméra qui tourne et micro qui enregistre il demande « Combien ça coûte ? » « Un million et demi d’euros monsieur le président » lui répond un officier. Le président tourne les talons et poursuit sa visite. La question utile aurait été de demander à quoi ça sert, d’en souligner les avantages par rapport à une reconnaissance exposant un avion aux coûts cent fois plus élevés, et de montrer un minimum d’intérêt à l’équipe de militaires servant ce matériel dont la nécessité n’est même plus à démontrer. Que retient-on in fine ? Que ça coûte au
contribuable…
A la veille de ce 14 juillet, les élus locaux et les militaires ont le sentiment qu’on leur reproche la déliquescence d’une situation dont ils ne sont pas responsables.
La vitesse et la fermeté avec lesquels le président a engagé ces réformes de défense et surtout la façon agressive de les projeter ne sont pas justifiables. On ne peut réussir ce nécessaire changement qu’avec, saine union, un accord politique large et le soutien de la nation. Le parlement doit avoir un rôle à jouer en matière de concertation et de décision pour ce qui concerne nos orientations de défense.
La concentration de la décision en la matière, entre les mains d’un seul homme – le président – doit être réévaluée. Et puis, comment prôner une défense européenne si notre Livre blanc, franco-français, ignore tout des dispositions et projets de défense de nos voisins ? Il aurait mieux fallu engager une réflexion européenne sur la question plutôt que d’agir en solo sans vérifier la compatibilité de nos décisions avec celles de nos alliés européens ?
Un 14 juillet saumâtre, pourvu qu’il pleuve à tomber des hallebardes
La promotion de Saint-Cyr baptisée Antoine de la Batie, officier français tué au Liban en 1983 dans un attentat imputé au régime syrien, défilera devant Bachar el-Assad, ainsi en a décidé le président. Point barre...
Beyrouth, dimanche 23 octobre 1983, il est 6 h 24... 58 parachutistes français vont mourir
Courrier des lecteurs sélectionné par la rédaction :
A bout de souffle (12 juillet 10:53)
Notre nation dispose d’une des plus belle armée au monde, et ce grâce au courage et à l’abnégation de ses hommes et femmes qui sont prêts à tout pour défendre notre liberté ! Loin de moi d’idéaliser ou de fantasmer, je vous assure qu’il y a encore pleins de gens qui s’engage par patriotisme (Moi y compris).
Cela fait 12 ans que j’ai intégré cette institution. Mais au vu de nos responsabilités (en opération ou en France), du sacrifice consenti par l’éloignement de nos êtres chers lors des départs en mission, etc... pensez vous que toucher à peine 20 Euros de plus que le smic par mois vaut vraiment tous ces sacrifices ? Aujourd’hui je me pose la question...
Comment nos jeunes peuvent ils adhérer à un tel système sans que leur foi ne soit ébranlée ? Alors que dans le civil on leur parle de travailler plus pour gagner plus ! Comment seront redistribuées les économies dégagées par cette restructuration ? Une dynamisation par les salaires sera t-elle prévue pour redonner un coup de pouce au moral des troupes ? Je suis très inquiet pour l’avenir de nos jeunes soldats, qui je le rapelle sont prêts à porter haut les couleurs de la France sur tous les horizons, et ce en allant même au sacrifice suprême. Que ferez vous pour tous ces jeunes prêts à mourrir pour vous Messieurs les décideurs ?
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